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FNC-80 : une Kalashnikov pour l’occident?

En 1967, la Fabrique Nationale de Herstal, en Belgique, présentait la Carabine Automatique Légère ou CAL en calibre 5,56×45. Souvent présentée à tort comme un dérivé du FAL, cette arme conçue sous la direction de Ernest Vervier, est en réalité très différente. Produite à partir de 1970, elle utilisait massivement la tôle emboutie pour sa construction, une culasse rotative et un piston attelé à la pièce de manœuvre au moment du tir. Le dessin de ces tenons n’est d’ailleurs pas sans rappeler celle de la carabine de chasse “Browning Bar”. Elle proposait des accessoires alors peu courants sur les marchés de l’armement européen comme une rafale limitée à 3 coups et la possibilité de monter un lance-grenade auxiliaire de 40×46 mm. Se devant être initialement peu coûteuse à la production et fiable, cette arme fut abandonnée dès 1977 car elle n’atteignait pas les buts recherchés.

Au début des années 1970, cette arme fut longuement essayée par les autorités françaises en vue de l’adoption d’une arme en calibre 5,56. Ces essais démontrèrent un certain nombre de problèmes, dont un démontage sommaire considéré comme particulièrement laborieux pour un usage militaire. Ces réflexions constitueront autant de pistes pour le développement du fusil qui lui succédera et que nous étudierons au travers de cet article : le FNC-80.

Pour anecdote, signalons ici qu’il est fréquemment admis que le FN CAL ou une version modifiée du CAL aurait constitué le fusil d’assaut de l’armée Française si la Belgique avait acheté des Mirages en lieu et place de F16 Américains. Cette anecdote nous permet de ne pas perdre de vue ici que certaines décisions sont prises à d’autres niveaux…étatiques!

Genèse

En 1975, le département Recherche et Développement de la FN conduit par Maurice Bourlet lance le développement d’un nouveau fusil d’assaut de calibre 5,56. M. Bourlet rassembla une équipe de jeunes ingénieurs dirigée par André Dubru qui, se nourrissant du retour de l’expérience Française du CAL, proposa un nouveau prototype dés la fin de cette même année. Il sera baptisé FNC-76 pour Fabrique Nationale Carabine 1976. Cette arme, différente du CAL, en reprend néanmoins plusieurs éléments comme une grande partie du système de mise à feu (dont la rafale de 3 coups) ou encore le dessin du garde-main.

Tout comme ses cousins soviétiques « Kalashnikoviens », ce nouveau fusil fut conçu dans un esprit de simplicité. Autorisons nous une petite digression pour rappeler qu’au cœur de la simplicité soviétique, la conception et l’évolution des armes de Kalashnikov répondent à deux axes de recherche : rationalisation de la production de l’arme et augmentation de sa maniabilité, incluant la maîtrise du tir. Ces deux axes expliquent l’intégralité de l’évolution de l’AK-47 en AKM puis en AK-74, à des niveaux de détail proprement exceptionnels dans le monde des armes. Concernant le FNC-80, nous parlons de simplicité de démontage, de montage, de maintenance et surtout de production. La simplicité de production est à considérer au regard des capacités et réalités industrielles du pays fabriquant. Ceci comprend le coût de la main-d’œuvre, le niveau d’industrialisation, l’accès aux matières premières…Dans tout les cas, il est nécessaire pour achever ce but de dessiner des pièces simples et rapides à produire en masse par le biais d’outils n’exigeant pas une main d’œuvre à fort niveau de qualification. Cette fabrication se doit également d’être économe en matière, la production se faisant à grand échelle. La tôle emboutie et les matières synthétiques constituent au moment de la conception de l’arme un premier axe de développement évident. Cependant, l’utilisation de machine à Commande Numérique par Calculateur (CNC) et de robot pour la fabrication ou l’assemblage (soudure notamment) se diffuse à ce même moment et seront ainsi largement sollicités pour la mise en production de l’arme. De même, l’utilisation de l’aluminium pour la construction d’armes peut se voir également sous cet aspect, l’aluminium étant moins cher et plus rapide à travailler que l’acier. Enfin, l’utilisation de traitement thermique et thermochimique des métaux complétera la panoplie de production, afin de garantir les propriétés techniques adéquates aux éléments de l’arme sans recourir à des aciers “de compétition” fort couteux.

Des prototypes seront testés par la Suède dès octobre 1975, pour une éventuelle adoption, et par l’OTAN à partir de Janvier 1977 pour évaluation. Une série de modifications sera appliquée dans les années 1978 et 1979 pour aboutir à une version “définitive”: le FNC-80.

Bien que l’arme fut conçue autour de la munition Belge SS109, elle fut proposée avec les deux types de canons : au pas de 1:178 mm (1:7″) pour la SS109 et au pas de 1:305 mm (1:12″) pour la M193 américaine. Nous ne savons pas si des armes avec le canon au pas de 1:305 mm furent effectivement produites. Dans tous les cas, ces canons comportent 6 rayures à droite et leur âme et chambre sont chromés L’arme fut proposée sous plusieurs déclinaisons : crosse fixe synthétique, crosse pliante identique à celle du FAL PARA, canon standard de 449 mm , version “Para” à canon de 363 mm, version semi-automatique… Ici, comme souvent, le client est roi, et il donc possible d’obtenir de nombreuses configurations.

Les accessoires proposés avec l’arme par la FN sont classiques et largement dérivés du ceux du FAL. La poignée pistolet comporte dans son logement un nécessaire de nettoyage similaire à ceux existant sur le FAL. Le bouchon de tir à blanc (BTB) est d’un dessin identique à celui des FAL tardifs : il utilise le filetage interne du cache-flamme et se freine sur le moletage droit situé en extrémité de celui-ci (Fig.5) . L’arme utilise originellement la baïonnette du FAL type C à manche creux (Fig.6). Notre exemplaire permet le montage de deux types de baïonnettes différentes : celle du FAL type C et celle des M16 (Fig.7). Il est possible de monter un bipied pince directement sur le canon. L’arme dispose d’un système de montage rapide pour optique qui vient se crocheter à l’avant du boitier supérieur et se verrouiller sur l’embase de l’œilleton. L’optique originellement proposée est dérivée de l’Hensoldt 4×24 que l’on trouve sur les G3, mais produite par OIP en Belgique. Le montage d’origine est au standard “STANAG” et permet donc le montage de toute optique ou optronique à ce standard. Et pourquoi pas une optronique bien française telle l’OB-50!

En route pour l’adoption

La première commande importante de FNC-80 (10000 armes) sera effectuée par l’Indonésie en septembre 1980, au même moment où la FN achève la mise en place de la ligne de production. Le fabricant Indonésien Pindad acquerra la licence de production en 1984 pour fabriquer le SS1 (Senapan Serbu 1 soit Fusil d’Assaut 1). L’arme est officiellement adoptée par l’Armée Indonésienne en 1991. Il demeure en service, au moment où nous écrivons ces lignes. La fabrication indonésienne est très similaire à la fabrication Belge au détail près qu’elle autorise le montage du lance-grenade également fabriqué par Pindad, le SPG-1, dérivé du M203 américain.

La Suède emboite le pas en 1984  par la commande de 80000 armes, au dessin légèrement modifié, nommé AutomatKarbin 5 ou AK-5…curieux hasard. Les modifications comportent notamment le remplacement des oreilles de protection du guidon par un tunnel, un garde-main et un levier d’armement au dessin différent et la suppression de la rafale de 3 coups. La livraison d’armes en provenance de la Belgique cédera rapidement la place à une production suédoise sous licence à la ForenadeFabrikverken (FFV) à Eskiltuna. Notons ici que dans le duel au sommet de la sélection, ce choix fût fait au détriment d’un système Kalashnikov : une version modifiée localement du IMI Galil.

La Belgique, quant à elle, ne commandera cette nouvelle arme qu’à partir du milieu de 1986. Le FNC  serait en cours de remplacement (ou de complètement) par le FN SCAR L au moment où nous rédigeons ces lignes. Le FN F2000 n’a été acquis que dans des quantités limitées pour le besoin des forces spéciales.

Arrivé un peu tard sur le marché mondial de l’armement en 5,56 de première génération (celui de la Guerre Froide), il rencontre tout de même un certain succès à l’export. Cependant, il ne put égaler le succès planétaire de son ancêtre, le FAL.

Une ergonomie résolument pour la guerre    

Un levier d’armement sur la droite, un sélecteur de tir à gauche, crochet de chargeur façon M16 (une des rares tares dont il a hérité de son homologue américaine)…rien de neuf. L’arme  ne dispose pas d’arrêtoir de culasse en fin de chargeur : c’est bon signe. En effet, un arrêtoir de culasse n’apporte rien en situation (même si certains croient le contraire…), si ce n’est le risque de voir son arme se remplir de corps étrangers en fin de chargeur ou le risque de voir la culasse rester bloquée à l’arrière en cas de défaillance du dispositif. De façon générale, plus il y a de dispositifs au sein de l’arme, plus il y a de risques de panne. La situation sur des armes plus anciennes doit être vue sous un autre angle : dès lors que l’on utilise une lame-chargeur, il est nécessaire de bloquer les mécanismes de fermeture à l’arrière durant les phases d’approvisionnement. À partir du moment où l’utilisation de lame-chargeur est abandonnée, il est de bon ton de supprimer cet appendice inutile et potentiellement dangereux. C’est la marque des grandes armes de guerre : Stg-44, Kalashnikov, G3, Famas… Notons ici que les premières versions du FAL prévoyaient l’utilisation de lame chargeur, il est donc cohérant que l’arme en soit équipée. Même le F2000 en est dépourvu. Le G36, lui, vous laisse le choix de l’activer ou de le désactiver! Quant au HK-416 et HK-417 et autres FN SCAR L et H, il est nécessaire de comprendre ici que ces armes ont été conçues selon un cahier des charges qui exigeait la présence d’un tel dispositif. Dès lors, le questionnement doit être : ce cahier des charges était-il bien pensé ? De notre point de vue, ce n’est pas le cas. Mais ceci relève de notre appréciation personnelle : par honnêteté envers vous, nous nous devions d’affirmer ici notre pensée en la matière. Cependant, nous n’affirmons pas ici être détenteurs d’une vérité universelle : chacun doit se faire une opinion.

Si l’arme n’est pas dotée d’un arrêtoir de culasse en fin de chargeur, il est cependant possible de bloquer intentionnellement la culasse à l’arrière comme sur un G3 ou dérivé. Pour ce faire, culasse à l’arrière, il faut tirer le levier d’armement vers l’extérieur pour qu’il s’engage dans le logement prévu à cet effet dans la carcasse supérieure (Fig.8). La manœuvre  n’est pas aussi instinctive que sur un G3, mais a le mérite d’exister. Soulignons qu’il s’agit d’une opération qui n’est réalisée qu’à des fins d’inspection ou de mise en sécurité et qui, par conséquent, n’est pas réalisée dans des conditions de stress.

Dans un même souci de fiabilité inhérent à l’introduction d’éléments étrangers au sein de l’arme, le chemin du levier d’armement est masqué par un cache poussière en plastique mut par un ressort et qui épouse fidèlement le passage du dit levier pour maintenir une obturation optimale. Son action est remarquable filmé au ralenti comme vous pouvez le voir dans le film à la fin de cet article.

Le sélecteur de tir est directement hérité du FAL et sa conception sied parfaitement à l’usage du fusil d’assaut. Les modes les plus sollicités sont aisément accessibles à l’arrière (sureté / coup par coup) et les modes rafales, à l’avant, demandent un effort supplémentaire pour être accessibles. Ceci évite l’écueil qui consiste à “sauter” un mode lors du dégagement de la sureté. Cette disposition nous paraît aussi valable que celle des fusils Kalashnikovs qui avaient disposés les deux fonctions prépondérantes en buté supérieure (sureté) et inférieure (coup par coup). Dans le stress guerrier, le soldat “écrase” le sélecteur dans la position souhaitée. Nul doute que l’étagement du sélecteur est pensé (Fig.9). Notons cependant que cette disposition n’a pas été conservée pour le AK-5 suédois, dont le sélecteur comporte les 3 positions sur l’arrière.

Signalons au passage que le mode d’utilisation prépondérant du fusil d’assaut n’est pas la rafale, mais bien le coup par coup, qui permet de délivrer une meilleure maîtrise de sa “puissance de feu” par des tirs mieux ajustés. Le terme « fusil d’assaut », issu du terme de propagande Nazi “Sturmgewehr”, est d’ailleurs très peu conforme à l’usage réel de l’arme. La phase “d’assaut” (et donc la rafale) ne représente qu’une situation occasionnelle de l’usage de l’arme. Il s’agirait en réalité plus du “fusil de combat des 300 / 400 derniers mètres” (« Copyright », Pierre BREUVART, merci à lui!).

Les organes de visées sont du type d’œilleton / guidon (Fig.10). La hausse en équerre est prévue pour les distances d’engagement “point visé / point touché” à 250 et 400 m. Le guidon n’est pas sous tunnel, mais protégé par deux oreilles très correctement proportionnées. Le réglage en hausse est assuré par le vissage / dévissage du guidon, et la dérive par action de la vis de support de l’œilleton. Nous noterons ici que le réglage est assuré par le même outil pour la hausse et la dérive et que l’outil permettant le réglage en hausse du guidon de la Kalashnikov est parfaitement adapté…car l’empreinte est identique! Les distances d’engagement sont adéquates pour le tir de combat au 5,56 (visée “centre masse” de la cible) et correspondent presque aux distances de la hausse des M16 et M16A1 (250 et 375 m). Un point positif pour des questions d’interopérabilités au sein de l’OTAN, à une époque où le M16A2 (dont la hausse est trop complexe pour un usage militaire de notre point de vue) n’est pas encore adopté.

L’arme est dotée d’un régulateur d’emprunt de gaz à deux positions : condition “normale” et “adverse” (Fig.11). La notion de “adverse” fait référence ici à des conditions environnementales rudes : sable, boue, froid polaire, etc. Son dessin respire le retour d’expérience plutôt négatif du régulateur du FAL. Quel utilisateur du FAL ne s’est pas arraché les cheveux à essayer d’ajuster une molette du régulateur encrassé (ou rouillé)! Le régulateur fonctionne sur un principe identique: il expurge une quantité de gaz non utile par un évent présent sur la frette d’emprunt de gaz en mode « normale » et la conserve pour une poussée plus forte en mode “adverse” (Fig.12 et 13). Mais à l’inverse du FAL,  la large pièce autorise une mise en œuvre des plus aisée, même avec des gants. La localisation de sa pièce de manœuvre est à la fois proche du tireur (il n’est pas nécessaire d’abandonner l’épaulé) mais aussi conçue pour se faire même lorsque le canon de l’arme est rendu brulant par le tir. Son démontage et son nettoyage sont aisés.

L’arme peut tirer des grenades à fusil à empennage d’un diamètre interne de 22 mm via son cache-flamme hérité des dernières productions de FAL (Fig.14). Il dispose à cet effet d’un interrupteur d’arrivée des gaz sur la frette. Cet interrupteur officie également en tant qu’alidade de tir (Fig.15). Cette alidade est absente de notre exemplaire d’essai, sans doute, car le commanditaire original de cette production, vraisemblablement l’administration américaine au vu des marquages, ne l’a pas désiré. Cependant, il en conserve des vestiges. Peut-être est-ce dans un esprit de rationalisation de la production, mais peut-être aussi que la buse permet d’ajuster en usine, le régime de fonctionnement de l’arme. Nous connaissons d’autres armes où c’est le cas.

Un peu de Technique…

L’arme est construite, à l’instar du FAL, autour d’un boitier inférieur et d’un boitier supérieur. Les deux boitiers sont assemblés via deux goupilles qui demeurent captives du boitier inférieur au démontage. Le boitier inférieur est réalisé en aluminium forgé / usiné. Il accueille le puits de chargeur, les mécanismes de mise à feu et la crosse. Le boitier supérieur, réalisé en tôle emboutie, accueille l’extension de verrouillage du canon (soudée au boîtier) sur laquelle le canon est vissé. La fenêtre d’éjection est découpée sur le côté droit et se voit renforcée par un déflecteur d’étui sur la partie supérieur arrière. L’ensemble mobile circule à l’intérieur de ce boitier supérieur sur deux rails de guidage soudés de part et d’autre du boitier. Le ressort récupérateur, positionné par l’arrière, est contenu comme sur les AK-47 et dérivé à l’intérieur de l’ensemble de la pièce de manœuvre. À l’instar des mécaniques Kalashnikovs, il semblerait qu’un soin particulier ait été apporté à laisser la place aux éléments mobiles à se mouvoir en dépit d’un fort encrassement.

Les éléments de l’arme sont phosphatés (quand ils sont en acier) et peints pour une majeure partie des éléments extérieurs. Le piston, tout comme le canon, est chromé.

L’arme fonctionne par emprunt de gaz à piston attelé et verrouillage rotatif à deux tenons en tête. Au moment où le projectile dépasse l’évent de l’emprunt de gaz, le piston de la pièce de manœuvre est impulsé par la pression des gaz. Sur l’inertie de cette impulsion et après départ du projectile du canon, la pièce de manœuvre déverrouille la culasse et génère toutes les opérations nécessaires au réarmement. Elle présente sur ce point des similitudes évidentes avec sa cousine soviétique (Fig.16 et 17). Certains parleront de copie, pour notre part, nous parlerons d’adaptation, ce qui est très différent d’une simple copie. Si la similitude du dessin de la tête de culasse saute aux yeux, le reste du dessin de l’ensemble mobile est tout de même modifié pour adapter l’arme à des besoins productiques ou à de nouveaux choix de techniques armurières. Au rayon des similitudes signalons que la masse des deux ensembles mobiles est quasiment identique (environ 500 grammes), ce qui ne doit pas être considéré comme anodin. En effet, la masse de l’ensemble mobile est un paramètre prépondérant au bon fonctionnement d’une arme automatique. Un masse importante est signe de fiabilité.

À l’instar des systèmes Kalashnikovs, l’arme possède une extraction primaire. L’extraction primaire est une action qui combine un mouvement de rotation à une translation arrière de la pièce de fermeture afin de faciliter le décollage et l’extraction de l’étui tiré (Fig.18). Ici, cette disposition est produite par le glissement d’un tenon placé au sommet de la culasse sur l’extension de verrouillage du canon. À l’issue du déverrouillage, la culasse continue sa rotation et débute donc sa translation arrière, non pas sous l’action du mouvement arrière de la pièce de manœuvre, mais suite à son glissement en rotation sur une pente de la carcasse. L’action d’extraction est donc moins brutale et plus efficace car hélicoïdale. Cette disposition est plutôt rare sur les fusils d’assaut occidentaux. Peut-être est-elle due au retour d’expérience négatif des Américains avec les M16 et M16A1 au Viêt-Nam, où les collages d’étui et autres arrachements de gorge furent abondamment recensés et documentés. Il est possible aussi que l’éventualité de l’usage d’étui acier laqué fût également prit en compte. Enfin, peut-être découle t-elle seulement du « copie / collé » de l’arme Soviétique. Nous noterons que chez l’éternel concurrent d’outre-rhin, les chambres de la plus part des armes d’épaule étaient cannelées pour éviter le collage des étuis dès la production du G3. Pour mémoire, les cannelures apportent une lubrification des étuis par adduction de carbone brulant au moment du tir. Contrairement à ce qui est souvent cru, le but des cannelures n’est pas une action mécanique des gaz sur la douille. On retrouve cette disposition sur les G3, HK-33, MP-5, AA-52, AN-F1, FAMAS…qui sont tous à culasse non calée. Notons que sur ces armes, l’absence de mouvement rotatif des pièces de fermeture dans l’axe du canon interdit l’intégration d’une extraction primaire. Sur certaines productions de HK-416 et HK-417, dont le verrouillage et l’extraction sont issues en partie des AR-15, on retrouve des chambres cannelées (à la demande des clients) par crainte de collage d’étui…

Une différence majeure du FNC-80 avec le cousin soviétique est constituée par le fait que le percuteur est porté sur le FNC par la pièce de manœuvre (comme sur un AR-15) et non par la culasse (Fig.19). Cette différence apporte deux bénéfices au profit du FNC. En premier lieu, de façon sécuritaire, le percuteur ne peut faire saillie dans la cuvette de tir que si la culasse est totalement télescopée dans la pièce de manœuvre. Cela implique au sein de l’arme, le verrouillage. Donc pas de mise à feu si la culasse est “hors batterie” (Fig.20). En second lieu, cela permet d’opérer un retrait mécanique du percuteur lors de l’ouverture des mécanismes, ce qui est toujours plus “saint” mécaniquement pour éviter les en-cloutages (certes quasi inexistant sur l’armement de guerre contemporain). Le système Kalashnikov possède aussi une sécurité empêchant la mise à feu en cas de non fermeture de la culasse, mais celle-ci intervient sur le chien et non sur le percuteur, ce qui peut paraître moins sécuritaire.

On peut également noter que le piston est constitué d’un tube dont seule la tête, rapportée par soudure, est usinée. Une simplification efficace de production en comparaison du modèle soviétique.

Mécaniquement, le système de mise à feu est relativement conventionnel: on retrouve, “une” gâchette commandée (i.e. celle qui actionné par le doigt du tireur), un disconnecteur pour crée le tir semi-automatique et une commande de tir automatique commandé par le retour en batterie de l’ensemble mobile. La commande de tir automatique constitue de façon inhérente à son emploi premier, une sécurité interdisant le départ tant que l’ensemble mobile n’est pas revenu en place. Lors de la conduite du tir automatique, le disconnecteur est débrayé soit par le sélecteur de façon permanente (automatique) soit par le dispositif de comptage de manière temporaire (rafale de 3). Petite bizarrerie : la gâchette commandée est doublée (ce qui explique l’utilisation de guillemet plus haut). Constituée d’une seule pièce, elle prend simultanément en pied de chien et sur la crête intermédiaire. Cette disposition, sans nul doute sécuritaire, vise probablement à apporter au chien une meilleure tenue au choc en position armée.

On ajoute à cela un dispositif de comptage pour la rafale de 3 coups, hérité du CAL, que nous qualifierons de  “à crémaillère”, par opposition au système “à rocher” (Fig.21) . Ce dispositif compte les mouvements du chien pour relâcher la pression exercée sur le disconnecteur après le départ du troisième coup. Le cycle de comptage est réinitialisé  chaque fois que le tireur relâche la détente, à l’instar des systèmes HK et à l’inverse des systèmes présents sur M16A2 ou Ruger AC-556.

Notons ici que ce dispositif, bien que très bien réalisé, n’a pas été retenu pour le AK-5 Suédois (Fig.22). Nous sommes d’un point de vue personnel en accord avec cette décision : une rafale limitée ne possède pas de notre point de vue d’utilité, car les résultats obtenus sont statistiquement toujours décevants pour une augmentation considérable des coûts et temps de fabrication.

Interopérabilité OTAN oblige, le chargeur est globalement celui du M16A1. Sa réalisation diffère néanmoins sur certains points, notamment sur le dessin de la planchette élévatrice, par l’utilisation de l’acier en lieu et place de l’aluminium et par un mode de démontage plus aisé. Nous avons lu au cours que nos recherches que des problèmes de compatibilité existeraient. C’est tout à fait possible: le chargeur originel de l’AR-15, comme la quasi-totalité de l’arme, est mal conçu. Ceci poussa les différents fabricants reprenant ce dessin à modifier légèrement les chargeurs ou les puits de chargeur dans une quête de fiabilité. D’autres fabricants ont pris leurs distances avec cette hérésie armurière en proposant des chargeurs “propriétaires” leur permettant de mieux garantir le niveau de fiabilité de l’arme. Souvenons-nous ici que les considérations sur la fiabilité sont fondamentalement différentes pour un soldat et pour un tireur civil…

Démontage

Le démontage sommaire de l’arme est aisé. On retire les goupilles, arrière puis avant, afin de désolidariser les deux boitiers. On débute l’extraction de l’ensemble mobile vers l’arrière du boitier supérieur et lorsque le levier d’armement arrive en fin de course, on retire celui-ci en le tirant vers l’extérieur. Puis on achève l’extraction de l’ensemble mobile. Notons qu’il est possible de procéder au démontage sommaire simplement en basculant le boitier supérieur après le retrait de la goupille arrière. Cependant, pour l’entretien courant, on favorisera la dépose des deux goupilles, ce qui offre une plus grande aisance dans les opérations de nettoyage.

L’ensemble mobile tel qu’il est extrait de l’arme est composé de trois sous-ensembles : la culasse, le transporteur de culasse et l’ensemble récupérateur. On désolidarise la culasse en enfonçant celle-ci légèrement et en la faisant pivoter et on désolidarise l’ensemble récupérateur…de la même manière! Pas de doute, cette arme est destinée au rude quotidien du soldat, ce qui constitue une très grande qualité.

Le garde-main est composé de deux demi-coques qui sont maintenues par une ferrure à l’arrière et par un clip élastique en acier à l’avant. Sa dépose autorise l’accessibilité à la surface extérieure du canon et au tube emprunt de gaz pour son démontage. Pour déposer le tube, on outrepasse une des positions du régulateur (plutôt sur la gauche), puis on presse le tube vers l’arrière pour désengager la portion avant de la frette d’emprunt de gaz.

À ce stade, l’utilisateur se retrouve avec 9 sous-ensembles qu’il peut nettoyer : la partie haute de l’arme, les deux demi-coquilles du garde-main, le tube emprunt de gaz, la partie basse, la culasse, la pièce de manœuvre, l’ensemble récupérateur et il ne faut surtout pas oublier…le levier d’armement (Fig.23). On ajoute à cela les chargeurs. Le percuteur reste attelé à pièce de manœuvre, ce qui évite de le perdre mais aussi de l’endommager.

L’accessibilité pour le nettoyage est plutôt bonne, un point très positif pour une arme à vocation militaire. Cette accessibilité est d’ailleurs très supérieure à celle du FN SCAR…

Certains blâmeront le risque de perte du levier d’armement, mais ici, contrairement aux SIG 540, 550, des Beretta AR-70, 70/90 et même du CAL, le levier d’armement n’accomplit pas de fonction d’assemblage. Ainsi, à l’aide d’un moyen de fortune, vous pouvez toujours employer votre arme, en l’armant par exemple à l’aide d’une munition. Nous avons testé pour vous : ça marche.

Le démontage de la platine est aisé. Le retrait de l’axe de la commande de tir automatique s’effectue après débrayage de son ressort. On extrait le sélecteur après avoir positionné son doigt à 12h, puis on retire le dispositif de comptage qui bloque par sa présence les axes de détente et de chien. La suite de la dépose de pièce se passe de commentaires tant c’est simple à réalisé : on retire les axes et les éléments qui vont avec.

Le démontage complémentaire de l’extracteur et du percuteur nécessite un peu d’outillage. Il n’est sans doute pas prévu au niveau du soldat. Il appelle à la dépose des goupilles élastiques (dites “mécanindus”) à chaque fois. Il n’est donc à réaliser que si nécessaire, car le démontage de ce type de goupille exige normalement le remplacement systématique. Autorisons-nous au passage un petit conseil si vous procédez au démontage de ce type de goupille sans pouvoir les remplacer, tout d’abord, évitez de sortir complètement la goupille de son logement si cela est possible. Dégagez-la uniquement sur la course nécessaire à la dépose de la pièce. Lors du remontage, toujours l’enfoncer par le biais d’un chasse goupille et jamais par la frappe direct du marteau. Le tout dans l’axe…bien entendu!

On note que les Belges ont conservé le dessin de l’extracteur des AK-47 et AKM, alors que les Soviétiques l’ont abandonné au passage à l’AK-74. Les soviétiques avaient favorisé un dessin d’extracteur et de culasse en plus grande adéquation avec l’usage des calibres intermédiaires de seconde génération (5,56×45, 5,45×39 pour ne citer que les plus connues). L’extracteur du FNC-80 est cependant plus “raide” que celui des AK-47 et AKM. L’éjecteur est, toujours à l’instar de l’AK, fixe dans la carcasse supérieure (Fig.24). La force de l’éjection est donc produite par la vitesse du recul de l’ensemble mobile (on parle de vitesse de cycle) : plus cette vitesse est élevée, plus l’éjection est forte. Ce type d’éjection, plus complexe à intégrer qu’un éjecteur à poussoir dans l’architecture de l’arme, et beaucoup plus fiable : elle ne dépend pas de la fiabilité d’un ressort et du bon mouvement d’une petite pièce et évite les problèmes d’éjections liés au sur-cycle.

Au tir

Fidèle à ce que l’on peut attendre d’une arme en 5,56, l’arme produit un faible recul. Deux petites nuances tout de même. Tout d’abord, le poids de départ est terriblement élevé, même pour une arme militaire : plus de 4,5 kg sur notre exemplaire, ce qui équivaut à une double action sur une arme de poing. Ensuite, les organes de visée. Préférant toujours à titre personnel le cran de mire à l’œilleton pour un usage militaire (meilleure conservation du champ de vision, moindre diminution de la luminosité à travers la ligne de visée), un second problème s’ajoute ici. La version à crosse pliante à notre disposition pour les essais possède à son embase une large surface réfléchissante qui vient parasiter la luminosité perçue par l’œil en amont des organes de visée. Dans certaines conditions de luminosité, la prise de visée devient très laborieuse et fatigante pour l’œil. Certes, le problème n’est pas insoluble, il suffit de couvrir cette surface avec un matériau moins réfléchissant, comme du textile. Mais mieux vaut être conscient du problème avant que la situation de ne présente dans un contexte opérationnel. Pour notre part, nous avons découvert la chose sur une longue session de tir d’un mois de janvier, particulièrement pluvieux et sombre.

En tir automatique, la cadence de tir lente favorise une bonne maîtrise de l’arme, sur des rafales courtes et même longues. Il aisément possible de produire des rafales de deux coups sur chacun des deux modes rafales. Rappelons ici que l’usage de la rafale sur ce type d’arme est dévolu aux engagements à courte distance où l’incapacité à produire une prise de visée correcte est compensée par la saturation.

La précision est conforme à l’usage de l’arme : en visée mécanique, l’arme autorise l’engagement d’un buste 100% des coups au but jusqu’à 400m. Nos essais réalisés à 100, 200, 300 et 400m avec de la SS-109 le confirment aisément : notre H+L moyen à 400 m est de 37 + 30 cm. Et les conditions d’essai étaient loin d’être optimales en ce mois de janvier! L’engagement avec la visée optique permet sans doute d’étendre cette capacité. Il faut ici savoir raison garder en ne s’étendant pas sur des analyses numériques trop poussées : il s’agit d’une arme de guerre, pas d’une arme de concours. Les résultats obtenus sur un champ de tir ne sont pas nécessairement reproductibles en condition opérationnelle.

En conclusion

Le FNC-80 constitue une authentique et valable arme de guerre. Elle compile des technologies déjà éprouvées à des éléments traditionnels de la FN Herstal. Ceci ne constitue en aucun cas un reproche mais bien au contraire une grande qualité : en matière d’arme de guerre, peu importe les moyens. Aussi elle ne succombe pas aux chimères diverses pour conserver en ligne de mire sa vocation guerrière. « Un autre énorme avantage est qu’un FNC avec 200 munitions n’est pas plus lourd qu’un fusil en 7,62 avec seulement 50 cartouches ». Cet argument de vente de la FN nous fait prendre surtout conscience de son anachronisme : plus de 3 décennies après la 7.92×33 Kruz, il semblerait que l’occident découvre les bienfaits logistiques des munitions intermédiaires. La faute à l’OTAN, pas aux Belges. Ils avaient perçu les bénéfices du calibre intermédiaire très tôt et même conçu les premières moutures du FAL pour ces calibres. Ce sont également eux qui ont finalement offert une alternative plus efficace que la médiocre M193 avec la SS-109. En dépit de son calibre et de son âge, on pourrait assimiler le FNC-80 à une l’AKM soviétique. Pourquoi pas à l’AK-74? Tout simplement parce que l’AK-74 offre un nombre de progrès et de réflexion pragmatique importants par rapport à l’excellent outil que constitue déjà l’AKM, en matière de productivité, de maîtrise du tir et de balistique grâce à la 5,45×39. Le FNC n’en est pas là : il propose simplement une solution pragmatique et efficace face à un besoin occidental, ce qui est déjà beaucoup. Le formidable AKM offrait déjà de grandes avancées au regard de l’excellent AK-47 en matière de productivité et de maîtrise du tir, c’est donc un honneur d’être comparé à lui!

Arnaud LAMOTHE

Vidéo au ralenti des différents modes de tirs du FNC.
Tir au FNC au crépuscule. Le cache-flamme fait bien son office. L’évent de dégazage de la frette produit une lueur importante.

Voici la nomenclature du FNC destinée au marché américain :

Model 2000, fusil (canon « standard ») avec canon au pas de 1 :178 mm (1:7″)

Model 7000, carabine (canon court) avec canon au pas de 1 :178 mm (1:7″)

Model 0000, fusil (canon « standard ») avec canon au pas de 1 :305 mm (1:12″)

Model 6000, carabine (canon court) avec canon au pas de 1 :305 mm (1:12″)

Model 7030, version semi-automatique du fusil (canon « standard ») avec un pas de 1 :178 mm (1:7″)

Model 6040, version semi-automatique du fusil (canon « standard ») avec un pas de 1 :305 mm (1:12″)

Remerciements :

WOLF de chez TR-Equipement, sans qui rien n’aurait été possible
Pierre BREUVART, pour ses conseils et enseignements dans tous les domaines!
Jimmy LAFARGE, pour subir mes conseils et mes enseignements.

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    *Nous aussi nous détestons les spams

    Arnaud Lamothe

    Expert près la Cour d'Appel de Limoges, ancien contrôleur des services techniques du ministère de l'Intérieur, cofondateur du site LAI Publication, Arnaud est un spécialiste des armes de guerre de petit calibre. Auteur d'articles, il désire au travers de ce site partager sa passion et ses connaissances pour ces sujets.

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