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Le tir réduit au revolver Modèle 1873

Dès son adoption par la gendarmerie puis par l’armée française, le revolver Mod. 1873 développé à partir des travaux de Chamelot et Delvigne rencontre un vif succès.

Les militaires l’utilisent en quantité, mais l’arme séduit aussi un public averti qui rassemble policiers, coloniaux et tireurs sportifs. De 1875 à 1890, plusieurs systèmes de réducteurs voient le jour. Ils ont pour buts de réduire le coût des munitions utilisées pour l’entrainement. Pattey, Lee & Cie, successeurs du célèbre Amédée Maquaire à la direction du Dépôt de Paris, sont les premiers à diffuser un système économique de tir réduit au revolver réglementaire. Leur système est composé d’une cartouche à balle de forme conique, destinée aux revolvers d’ordonnance et aux fusils de guerre. L’étui est en laiton. Il est aux côtes extérieures de la cartouche réglementaire, creux et rétreint au niveau du collet. Il est coiffé par une balle en plomb allégée qui passe par-dessus le collet. Le projectile est propulsé par une petite cartouche à charge réduite, introduite par l’arrière dans la fausse cartouche que chambre l’arme de guerre. Ce dispositif peu répandu à l’époque ne semble avoir été distribué que par le Dépôt de Paris des armes de chasse et de tir des Manufactures Syndiquées. Un dispositif similaire sera proposé au catalogue de la Société Française de Munitions (SFM) quelques années plus tard. Mais avec un étui droit cette fois, sans rétreint, et une ogive plus légère qui s’engage dans l’étui au lieu de le coiffer.

Plus ancien et beaucoup plus répandu, le système Roussange est tout aussi intéressant.

Le Colonel Roussange

Étienne Paul Roussange est né le 28 mars 1838 à Saint-Junien, en Haute-Vienne. Engagé volontaire au 5ème dragon à Limoges en avril 1855, passé brigadier le 17 juin 1856, il est ensuite envoyé à l’école de Saumur comme élève-instructeur. Nommé maréchal des logis à la fin de la première année de cours, il obtint ensuite un bon numéro de sortie qui lui donne droit à une proposition d’office pour le grade de sous-lieutenant. Sous-lieutenant en décembre 1861, et placé au 10ème dragons, Roussange suit, en 1863-1864, le cours des sous-lieutenants, à Saumur, et sort second d’une promotion de quarante-cinq élèves, ce qui lui permet d’accéder d’office au grade supérieur. A Limoges, en 1869, il a la jambe fracturée par un mauvais coup de pied de cheval. L’accident manque de lui coûter sa carrière, mais il se remet et c’est en boitant bas qu’il fait la campagne, de 1870. Son régiment est pris à Sedan. Il est emprisonné et dirigé sur Magdebourg où il reste jusqu’à la fin de la guerre. Nommé Capitaine le 26 juillet 1872, il suit en 1873 les cours de tir de Vincennes puis est affecté dans la gendarmerie. Il débute dans son nouveau corps au dépôt de remonte d’Alençon, comme Capitaine acheteur à titre permanent puis il est nommé capitaine de gendarmerie, le 20 février 1874. Pendant près de huit ans, Étienne Paul Roussange se livre à de nombreuses et ruineuses tentatives, pour faire adopter les nouveaux instruments de tir réduit qu’il a inventés. En 1883, il est Chef d’escadron et commande successivement les compagnies des départements du Lot et Garonne et de la Creuse. Promu lieutenant-colonel en novembre 1891 et désigné pour commander la 17ème légion bis, il part ensuite pour Limoges où il prend, en 1894, le commandement de la 12ème légion.

Un système de tir réduit

C’est pendant son passage à Alençon qu’il fait breveter, le 1er mai 1875, son « système de douille-tube » destiné à l’exercice au tir des armes réglementaires. Les tubes réducteurs qu’il a créés pour le revolver réglementaire de 11 millimètres, sont vendus par six, accompagnés de quelques accessoires, dans une petite boîte en tôle. Le mode d’emploi est inscrit à même l’étiquette. Le brevet, enregistré sous le n° 107413, décrit un système économique, sans bruit et sans recul, constitué de tubes de bronze munis avant le tir d’une petite balle et d’une capsule-amorce à percussion centrale.

Lorsque l’armée s’intéresse au système Duranthon, en 1876, pour le tir réduit au fusil modèle 1874, Roussange intègre à son propre système la cartouche Karcher qu’utilise la commission qui teste le tube Duranthon. L’essentiel de son nouveau dispositif réside dans l’emploi du même tube réducteur dans lequel on place, cette fois, une petite cartouche à balle de type Karcher en calibre 5 millimètres. Les étuis ainsi chargés sont placés dans les chambres du barillet du revolver d’ordonnance. Ils fonctionnent comme les cartouches ordinaires, mais avec une portée réduite, moins de bruit, de recul et beaucoup moins de fumée. L’inventeur annonce une précision parfaite à cinq mètres et une substantielle économie pour l’utilisateur puisque les tubes réducteurs peuvent resservir indéfiniment.

Comme la munition de Karcher n’a pas assez de puissance pour relever le canon de l’arme, on se sert d’une petite hausse additionnelle, destinée à corriger la visée. Elle est placée, près du cran de mire, sur la bande du revolver. Pour ôter la hausse, à la fin du tir, on la fait glisser sur la bande, en allant du chien vers le guidon. Un petit accessoire, en fil de fer coudé, est livré avec les réducteurs. Il sert de baguette et permet d’extraire les douilles des cartouches Karcher tirées sans qu’il soit nécessaire de sortir chaque fois les tubes réducteurs du barillet du revolver.

Le système de tir réduit au revolver utilise deux sortes de tubes : un tube « à longue portée » et un tube « à courte portée ». Le tube à longue portée a une forme extérieure qui correspond aux chambres du barillet. La longueur du tube pour le revolver d’officier Mod. 1874 ne doit pas dépasser 30 millimètres. La longueur du tube pour le revolver de troupe Mod. 1873 ne doit pas dépasser 34 millimètres. Cette différence de longueur des deux tubes correspond à la différence de longueur des deux barillets, celui du revolver d’officier Mod. 1874 étant plus court que celui du revolver de troupe Mod. 1873. Le tube de revolver d’officier peut fonctionner dans un revolver de troupe grâce à sa moindre longueur. Mais le tube du revolver de troupe est trop long pour fonctionner dans un revolver d’officier. Le tube à longue portée est rayé ; il emploie la même cartouche que le tube rayé du fusil, mais le calibre intérieur est un peu plus faible. Le tube à courte portée ne diffère du précédent tube que par l’absence de rayure. L’âme est lisse et il emploie une petite cartouche faiblement dosée en poudre et en plomb.  À la distance de 5 mètres le tir est parfait, à 10 mètres il est encore bon, mais au-delà de 10 mètres le tir à courte portée est plus ou moins bon suivant l’adresse du tireur. À partir de 10 mètres la balle perd rapidement de sa force. Ce système à courte portée a l’avantage d’être encore plus économique que le précédent, et de permettre le tir sans sortir de chez soi : « nous le recommandons très sérieusement à tous les tireurs désireux d’apprendre à tirer de la main gauche pour les raisons suivantes :

1° La cartouche fait moins de bruit,

2° l’arme n’a pas de relèvement,

3° la secousse « donnée au poignet est presque insensible. » 

Si l’on en croit le manuel, huit jours d’exercices suffisent à un tireur pour devenir ambidextre, et ce seul côté pratique du tir au tube, dit l’inventeur « justifierait l’utilité du tir réduit au revolver, car un soldat doit pouvoir faire bon usage de son revolver avec n’importe quelle main ».

Avant le tir, il est recommandé de passer une goutte d’huile à l’intérieur des tubes, surtout pour les tubes rayés. Pendant toute la durée d’une séance de tir, les tubes ne s’encrassent jamais assez pour influer sur le tir, quel que soit le nombre de cartouches tirées ; mais dès qu’on cesse de tirer il est indispensable d’essuyer et de nettoyer les tubes. On les nettoie en passant dans le canal une brosse queue de rat, imbibée d’huile et en les essuyant avec un linge. À défaut d’huile ordinaire « on peut employer le pétrole, ou le vinaigre pur, mais l’huile ordinaire est préférable pour conserver aux rayures le poli qui facilite le glissement régulier de la balle ».

Les cartouches Karcher

Déposé, quelques semaines à peine avant celui de Roussange, le brevet qui protège les munitions employées dans les tubes réducteurs est dû au mécanicien Paul Karcher. Dans son brevet, daté du 17 février 1875, il décrit par le détail un nouveau type de munitions économiques constituées d’un mince étui en laiton embouti d’une amorce assez rustique, faite de fulminate enserrée entre deux disques de papier ; d’une enclume maintenue en place par un moletage extérieur, qui marque profondément l’étui ; d’un peu de poudre noire et d’une balle ronde ou ogivale suivant les usages. Ces cartouches, produites en divers calibres, sont surtout utilisées en calibre 5 mm dans les tubes réducteurs destinés aux armes de poing, mais certains catalogues d’armuriers, dont celui d’Amédée Maquaire à Paris, font état de tir réduit en calibre 7 mm.

Tir en chambre et prix réduits

Le petit boitier de tubes pour revolver d’officier ou de troupe comprend :

  • Six tubes lisses ou rayés (la longueur varie suivant le modèle) ;
  • Un extracteur coudé en fer ;
  • Deux hausses, blanche et noire ;
  • Une brosse queue de rat pour nettoyer les réducteurs ;
  • Un chiffon en laine pour comprimer les tubes en boîte ;
  • Une notice explicative.

À la fin du XIXe siècle on trouve dans le commerce la boîte complète ou les éléments nécessaires pour remplacer les pièces utilisées. Quelques exemples de prix :

Une boîte de tubes Roussange pour revolver d’officier ou de troupe, âme lisse, bronze ordinaire, à balle ronde6 francs
Une boîte de tubes Roussange, perfectionnée, pour revolver d’officier ou de troupe, âme rayée bronze de choix, à balle longue8 francs
Une boîte de cent cartouches Karcher, balle ronde2 francs
Une boîte de cent cartouches Karcher, balle longue.2,50 francs
Une boîte de cinquante cartouches à fusée        2,50 francs
Une boîte de cinquante cartouches pour feux à poudre                1,25 francs
Un extracteur coudé à anneau en laiton, en sus de celui contenu dans chaque boite de tube pour fusil   0,50 francs

Jean-Pierre Bastié

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    Jean-Pierre Bastié

    Né en 1957, Jean-Pierre Bastié a eu sa première arme à l’âge de 12 ans, une carabine Diana à air comprimé avec laquelle il a tiré ses premiers cartons. Depuis son intérêt pour les armes n’a pas cessé. Il a été successivement chasseur, tireur, compétiteur aux armes anciennes puis collectionneur avant de fonder l’Académie des Armes Anciennes en 1987.
    Il collabore depuis plus de trente ans avec les rédactions de diverses revues françaises et étrangères spécialisées dans le domaine des armes. Chercheur infatigable il écume les archives (comme celles de Châtellerault, visible sur sa photo de présentation) depuis des lustres à la recherche de sources inédites.


    http://www.academie-des-armes-anciennes.com/

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