CHARGEMENT
keyboard_arrow_right

Type to search

À propos du HK 416 F de l’Armée Française

Le 22 septembre 2016, l’Armée Française notifiait l’achat de 93 080 fusils d’assaut à la société Allemande Heckler & Koch. Son choix se portait alors sur 38 505 HK 416 F « version standard » (canon de 368 mm) et 54 575 HK 416 F « version courte » (canon de 279 mm). Le marché, dont la quantité a été revue à la hausse depuis sa notification pour dépasser les 100 000 armes, couvre ainsi les besoins en fusils 5,56×45 mm pour les Armées de Terre, de l’Air et la Marine Nationale. Nous n’allons pas revenir ici en détail sur un marché bien trop récent, ni sur la genèse du HK 416 (pourtant fort intéressante) : nous allons simplement dresser un état des lieux et nous pencher sur les légendes urbaines qui circulent en France concernant cette arme depuis son adoption par l’armée Française.

Des Forces Spéciales aux troupes régulières

En réalité, lorsque les autorités Françaises sélectionnent le HK 416 à l’issue de l’appel d’offres pour « l’Arme Individuelle Future » – ou AIF – l’arme est déjà bien connue dans l’Armée. En effet, cela fait déjà de nombreuses années qu’elle est utilisée, dans différentes versions (notamment A2 et A5), par plusieurs unités spécialisées. Déployée sur tous les théâtres d’opérations de l’armée Française, elle donne totalement satisfaction. Au sein de ces unités, elle subit quotidiennement un emploi rigoureux et tire de très – très – nombreuses cartouches. Mais il faut souligner ici un point : si son usage est rigoureux, le savoir en matière d’arme et le soin apporté à celle-ci au sein de ces unités, est généralement (mais pas toujours) en conséquence. Et c’est là qu’on va trouver un premier point d’échauffement : confier un nouveau matériel à tous les utilisateurs d’un groupe aussi large que l’Armée Française, c’est l’exposer à des utilisations moins savantes.

Si d’aucuns pourraient croire que je fais montre ici de dédain pour une partie des soldats de notre Armée (étant Français avant toute chose), il n’en est rien. J’ai le respect le plus total pour chaque personne ayant fait don de son existence pour notre pays et notamment par la défense et la sécurité des citoyens de l’hexagone. Non, ma critique ne porte pas sur les individus…mais bien plus sur l’institution, comprendre ici, l’ensemble des organes de l’État en lien avec l’activité soldatesque. Cette critique relève simplement d’un état des lieux consécutif à des années de choix politiques en matière de moyens (matériels et humains) mis à disposition. Ceci étant établi, soyons clairs : l’arme est généralement moins bien employée par des troupes moins bien formées. Et cela sonne comme une évidence lorsque cela est énoncé ; pourtant, dans les critiques que nous entendons régulièrement sur le 416 F depuis sa mise en service, ceci n’est jamais pris en compte. Comme si seule l’arme pouvait être en cause à chaque problème rencontré.

Or, ce n’est évidemment pas le cas. La mise en service d’un nouveau matériel nécessite toujours une période d’adaptation, qui passera obligatoirement par un apprentissage. Il ne s’agit pas seulement de l’apprentissage individuel, mais également de l’apprentissage institutionnel. Alors qu’est-ce qu’un « apprentissage institutionnel » ? C’est le fait pour l’institution, de modifier ses « directives » (formation, note de service, logistique…) en conséquence des retours d’expériences, notamment dans un usage qui est fait du matériel, sans que celui-ci n’ait été envisagé au moment de sa mise en service. Un exemple ? Le nettoyage. Si celui-ci est très généralement réalisé dans les unités, il est généralement appréhendé comme une corvée (par les troupes comme par l’institution) dont il faut se débarrasser « vite fait ». Mais comme le disait ma grand-mère adorée : « vite et bien ne sont pas copains ». La maintenance du 1er niveau, celle dispensée par l’utilisateur, est vitale pour l’emploi pérenne de l’arme, notamment sur les théâtres d’opérations. Pour ceux qui veulent en savoir plus sur notre vision de cette maintenance, nous l’avons décomposée en 4 étapes (chronologiques) que nous avons abordées dans notre ouvrage « Petit Guide de l’Armement » (en lien ici) : démontage, nettoyage, inspection, lubrification. Chacune de ces opérations doit être comprise et appliquée de façon réfléchie, et certainement pas le fruit d’automatismes décérébrés. Il faut bien prendre en compte qu’un nettoyage réalisé sans analyse peut conduire à l’omission du contrôle de certaines parties de l’arme… À tout hasard pour le 416 F…le système de mise à feu ? Et dans ce cas précis, la présence de corps étrangers (à tout hasard…des petits gravillons ?) dans le système de mise à feu peut avoir des conséquences plus que problématiques.

Un autre exemple ? Aujourd’hui encore, parmi les forces Armées, certaines personnes croient qu’il ne faut pas lubrifier les armes de service. Croient de bonne foi (notamment par une mésinterprétation de certains documents constructeurs ou notes de service)…ou ne veulent pas croire pour des raisons « pratiques » (lubrifier étant une opération salissante), mais c’est un autre débat.  Ainsi, il n’est pas rare de croiser des armes « sèches » ou « partiellement sèches ». Cet exemple précis va avoir deux conséquences :

  • Les parties en acier de l’arme vont s’oxyder (les différents traitements de surface n’offrant pas une protection absolue contre l’oxydation).
  • L’arme va cycler moins rapidement, ce qui va la reprocher d’un seuil de sous-cycle plus prompt à la panne.

Il est à noter que par rapport au FAMAS, l’adoption du HK 416 F a d’ores et déjà changé une pratique concernant la lubrification. Stocké sur les râteliers horizontaux eux-mêmes disposés au-dessus de bacs de rétention, les FAMAS étaient lubrifiés abondamment et régulièrement, et notamment, l’intérieur du canon qui n’était pas chromé. Le 416 F disposant d’un canon chromé (âme et chambre), ces opérations de lubrification ne sont donc plus considérées comme nécessaires par certains (nos considérations à ce sujet sont détaillées dans notre livre). Ainsi, par mésinterprétation, certains vont croire qu’il est ainsi possible de ne pas lubrifier l’arme…tout court ! Ce sont les mêmes qui sont surpris que leurs 416 s’oxydent alors que les FAMAS, non ! Certains soldats nous ont même affirmé avoir été réprimandés car ils lubrifiaient leurs 416…

Certains argumenteront que le 416 F est « prévu pour fonctionner sans huile » :

  1. D’une part, ce n’est pas ce qui est préconisé par les manuels du constructeur des différentes versions du HK 416.
  2. D’autre part, si le 416 a passé avec succès les tests de fonctionnement sans lubrification imposés lors de sa sélection, il faut bien comprendre qu’il s’agit d’un test de fiabilité « isolé ». Il est complété par d’autres tests de fiabilité (endurance, boue, sable, eau, froid…) mais eux aussi réalisés de façon isolée. Cela signifie qu’il n’y a pas de « test d’endurance dans la boue avec du sable par -30°C et sans huile ». Car chercher une arme qui fonctionne dans ces conditions…et bien c’est croire au Père Noël (nous espérons ne commettre ici aucun impair, mais nous pensons le public de LAI Publications comme ayant largement dépassé les 10 ans de moyenne d’âge…).

Il faut bien comprendre que l’apparition d’une panne dans une arme à feu de guerre contemporaine est bien souvent d’origine « multifactorielle ». Ainsi, priver l’arme d’huile (qui est prévue pour son fonctionnement normal), c’est se rapprocher un peu du seuil permettant l’apparition d’une panne.

Enfin, soyons clairs : ce problème de lubrification n’est pas un problème de l’arme, comme nous venons de l’évoquer : c’est un manquement de l’institution (au travers de son instruction) ou de l’utilisateur (si celui-ci n’applique pas des directives conformément). Essayez donc de ne pas mettre d’huile dans le moteur de votre voiture…

Nous avons volontairement pris deux exemples que nous savons être des difficultés réelles qui ont été ou sont encore rencontrées dans l’armée Française. Est-ce que ces problèmes sont liés spécifiquement à cette arme ? Absolument pas : à ce jour, les armes « sans entretien »…n’existent pas! Toutes nécessitent un nettoyage duement réalisé, prenant en compte leurs spécificités. Toutes nécessitent une inspection duement réalisée, car toutes sont sujettes à l’encrassement endogène et exogène, à l’usure, à la casse et donc aux pannes. Toutes nécessitent une lubrification duement appliquée et pas 4 gouttes d’huile déposées aux 4 coins de l’arme. Cette dernière pratique, inconséquente, est régulièrement colportée par de nombreuses « sources ». Derrières ces sources, il y a des personnes qui bien souvent ne veulent pas apprendre : la remise en cause d’années de mauvaises pratiques serait sans doute…trop douloureuse pour leur amour-propre.  Et ce dernier point est précisement la clef du problème : à ne pas vouloir apprendre de ses erreurs, on est condamné à les perpétuer, encore et encore…

Le HK 416, un « clone » de l’AR-15 ?

Pour aborder ce poncif techniquement erroné, il est nécessaire de revenir (rapidement) aux origines du HK 416. Au début des années 2000, il est créé par Heckler & Koch à la demande de certaines unités de l’armée Américaine, et notamment la « 1st Special Forces Operational Detachment–Delta » (1st SFOD-D), les fameuses « Delta Force ». La première variante livrée sera ainsi nommée, après des errements juridiques interdisant l’emploi de l’appellation « M4 » par HK,  « 416D » avec un « D » pour Delta (Photo 02). Nous précisons ceci, car certains colportent la rumeur que le « D » est une erreur de marquage de l’usine : à l’heure des normes techniques de plus en plus contraignantes et des certifications de plus en plus exhaustives, il faut vraiment n’avoir jamais travaillé dans un milieu technique ou productique pour soutenir une ânerie pareille. Toutes les étapes de fabrication sont soumises à des validations en amont, et à des vérifications en aval. Le but de ce HK 416D était donc de fiabiliser les armes dérivées de l’AR-15, qui donnent globalement peu de satisfaction dans ce domaine tout en demandant une maintenance exagérée pour des armes de ce type. Alors évidemment, le 416 reprend les lignes de l’arme Américaine. Mais si l’arme Allemande reprend les lignes extérieures de l’arme Américaine et son l’ergonomie, c’est bien « sous le capot » qu’on trouve des différences fondamentales. Pour fiabiliser l’arme, le fabricant Allemand a substitué l’irrationnel système à tube adducteur de l’AR-15 (présenté en détail dans notre article sur le M16A1 en lien ici) par le système piston non-attelé à course courte du G36. Ce dernier système – un des mieux conçus aux yeux de votre serviteur – change drastiquement la donne en matière de fonctionnement : entre autres choses, l’arme s’encrasse moins, chauffe beaucoup moins et supporte les surpressions sans défaillance catastrophique.

(On note que la vidéo a été publiée sur YouTube il y a…15 ans au moment de la parution de l’article !)

Mais Heckler & Koch ne s’est pas arrêté là. Depuis les premières versions du 416D, la firme Allemande a embrayé sur la fiabilisation et l’optimisation de tous les éléments de l’arme…pour au final revoir la quasi-totalité des pièces. Évidemment, quand cela est possible : une des exigences du client États-Unien reste la compatibilité entre certaines pièces de M4 / M16 et HK 416 par souci logistique. C’est tout de même le fondement de la création de cette arme : rester proche de la plateforme AR-15. Pour les clients qui ne sont pas attachés à la « plateforme » AR-15 (donc à notre sens, les plus raisonnables…) HK avait déjà une solution technique exceptionnelle en 5,56×45 mm : le G36. Enfin, on se souviendra que l’armée Britannique avait également recouru au savoir-faire de la firme Allemande pour fiabiliser leur L85A1 : cette version rétrofitée en Allemagne sera dénommée L85A2.

Au final, l’arme est bien différente du modèle qui lui a servi de point de départ. Répondant à son exigeant cahier des charges, elle est aujourd’hui largement employée par les unités « en pointe » aux 4 coins du monde lorsqu’il est question d’obtenir un outil particulièrement fiable en 5,56 reprenant les lignes de l’AR-15. Quant à ceux qui continuent à défendre bec et ongles une prétendue supériorité du « système Stoner » à grand renfort de tests totalement biaisés dans leurs protocoles, tout en ignorant tous les tests qui mettent en défaut l’arme, mais aussi les retours d’expérience peu flatteurs…on ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif. 60 ans d’évidences historiques battent pourtant en brèche leurs croyances uniquement teintées d’idéologies et certainement pas de technicités…Une fois de plus, plus de détails dans notre article sur le M16A1 en lien ici.

Un problème de compatibilité avec les munitions de 5,56 OTAN ?

Ici, le sujet est en réalité celui de la compréhension globale sur la problématique arme / calibre / munition / norme. Le sujet est déjà largement traité sur ce même site à travers les deux travaux suivants :

Nous en viendrons donc directement au cœur du problème : au moment où nous écrivons ces lignes, aucun HK 416 n’est nominé OTAN ! Voilà, c’est dit. Pas plus ceux de l’armée Française que les autres. La liste des armes de calibre « 5,56 mm x45 » (appellation dans le MC-MOPI) nominé OTAN (les « NATO Nominated Weapons » ou NNW), détaillée dans le Multi-Caliber Manual Of Proof and Inspection (MC-MOPI) for NATO small arms ammunition d’octobre 2020, servant à normaliser les munitions, est la suivante :

  • FN Minimi Mk 1 (canon de 466 mm)
  • Beretta AR 70/90 (canon de 450 mm )
  • M16A2/A4 (canon de 505,4 mm)
  • HK G36/A1 (canon de 480 mm)
  • L85A2 (canon de 495 mm)

Point barre !

On note qu’aucune de ces armes n’est à canon court…alors que le 416 F version standard, dispose d’un canon de seulement 368 mm. N’en déplaise à certains, pour du 5,56×45 mm, il s’agit déjà d’une arme à canon court. La longueur permettant l’exploitation optimale des munitions normées par l’OTAN est généralement située entre 450 et 500 mm (le canon d’évaluation « EPVAT » mesure 508 mm, soit 20 pouces). Et ce n’est pas un hasard : la longueur du canon et le placement de l’évent d’emprunt de gaz sur ce dernier est une composante essentielle permettant de normer les munitions pour garantir, entre autres choses, le fonctionnement d’une arme. Nous vous renvoyons une fois de plus aux deux travaux mentionnés plus haut, mais considérer que toutes les munitions existant dans un calibre donné, même à spécificité proche (poids de balles, V0, etc…), offre des performances identiques est une imposture. Les gens employant ce genre de raccourcis mensongers veulent simplement faire (encore une fois) l’économie de l’apprentissage d’un sujet finalement assez complexe…mais tout de même abordable ! Il faut juste se donner la peine d’apprendre…et d’expliquer quand on veut en parler. Mais on n’en fera certainement pas des vidéos « pute-à-clics » de 8 minutes pour flatter l’algorithme de YouTube…

Alors oui, il serait parfaitement possible de normaliser des munitions optimisées pour des canons plus courts. On peut penser ici à la munition M855A1 spécifiqument développée pour les 368 mm du canon des M4 et qui est (selon les informations à notre disposition) « NATO compliant » (Photo 03). Mais attention de ne pas comprendre ici la chose à l’envers : il s’agit d’une munition conforme à la norme OTAN qui est adaptée aux spécificités du M4. Cela ne signifie en aucun cas que toutes les armes à canon de 368 mm sont interopérables avec cette munition (le 416 n’étant pas un M4 comme nous l’avons vu), et encore moins avec toutes les munitions OTAN ! Non, il s’agit simplement « d’une côte sur mesure » faite par les autorités Américaines. Et la chose est réalisée par d’autres armées, parfois en adoptant des munitions différentes pour des armes différentes de même calibre. Et c’est bien évidemment faisable pour nos 416 F : il incombe « simplement » aux institutions Françaises de veiller à ce que les munitions qu’ils achètent soient à la fois « interopérables OTAN » et compatibles avec les HK 416 F dans ces deux versions. Des spécifications suffisamment précises doivent tout simplement être clairement édictées auprès des fabricants de munitions. Et nul doute que les institutions Françaises travaillent d’arrache pieds sur le sujet. Pour notre part, nous sommes confiants sur les solutions qui seront à terme apportées : l’institution doit simplement apprendre.

On notera enfin ici que les difficultés liées à l’approvisionnement en munitions adaptées ne sont pas apparues avec le 416 F : elles sont quasiment consubstantielles à l’utilisation de munitions à étui métallique et ont également existé avec le FAMAS (avec différents problèmes il y a juste quelques années) ! Une fois encore…chapitre 4 de notre livre.

Un fusil « Parkside » ?

Voici un autre bruit de couloir persistant : les fusils livrés ne seraient pas d’aussi bonne qualité que ceux fabriqués jusqu’alors par la firme d’Oberndorf am Neckar. Étrangement (ou pas…), nous avions entendu exactement les mêmes propos à l’époque de l’adoption du SIG Sauer SP 2022 par les forces de l’ordre Françaises. À titre anecdotique, nous avions rencontré une personne – disposant malheureusement d’un fort auditoire sur un stand de tir civil – qui nous expliquait avec virulence que le SP 2022 n’était pas fabriqué par SIG Sauer…alors que nous revenions d’une recette d’une tranche de 5000 armes à l’usine d’Eckernford, où nous avions eu la chance de visiter les lignes de production. C’était en 2007…moins de 5 ans après la mise en service du SP 2022 (Photos 04 à 07).

Ainsi, nous ne pouvons pas dire que nous soyons surpris de cette légende urbaine, qui consiste à faire croire que Heckler & Koch « bâclerait » ou aurait fait sous-traiter la fabrication (et nous entendons ici, dans sa totalité ou dans ses composantes principales). Il est même fréquent d’entendre l’arme être qualifiée de « fusil Parkside », du nom de la marque économique proposé par la firme, elle aussi Allemande, Lidl. Alors déjà non, les produits Parkside ne sont pas nécessairement à jeter (sinon, venez en discuter avec Arnold), et ensuite, non clairement, HK n’a pas bâclé ou fait sous-traiter la fabrication de ce fusil…ni à notre connaissance d’aucune arme ! Nous avons également visité l’usine d’Oberndorf am Neckar, certes, quelques années avant l’adoption du 416 par l’armée Française (Photos 08 et 09). Comme dans toutes usines contemporaines, la sous-traitance de certaines pièces a bien évidemment lieu (goupille, ressort…de mémoire auprès de d’autres entreprises Allemandes et souvent du même Lander, le Bade-Wurtemberg) et encore, nous avions été réellement surpris de voir à quel point HK conservait alors une autonomie sur la fabrication de ses pièces. En fait, bien plus que chez d’autres fabricants également visités en Europe…se présentant eux aussi comme des fabricants « haut de gamme » et dont les cartons de pièces en provenance de pays étrangers (et pas nécessairement Européens) remplissaient les locaux…

De façon générale, le recours à la sous-traitance est économiquement nécessaire pour demeurer compétitif…et n’est pas nécessairement le symbole d’une défaillance qualitative. En effet, confier la fabrication d’éléments spécifiques à des entreprises justement spécialisées dans ces domaines…et bien c’est souvent au contraire une garantie en termes de qualité. Surtout si les commandes de pièces sont encadrées par un cahier des charges rigoureux, et des contrôles qualité adéquates. Mais bien souvent, l’expression « sous-traitance » est comprise comme « économique car de mauvaise qualité ». Ici aussi, il faut savoir revoir son langage.

Concernant cette allégation, il est aussi important d’analyser le propos d’un point de vue économique : la chaîne de production de l’arme étant déjà existante avant la passation du marché, comment la chose pourrait être rentable ? La vocation première d’une ligne de production, c’est d’être rentabilisée, donc, de remplir le carnet de commandes. La commande originale de l’Armée Française (revue à la hausse depuis), de 93 080 armes livrées entre 2017 et 2028 (oui…11 ans, ici aussi, le calendrier a été modifié), c’est en moyenne moins de 10 000 fusils à produire…par an ! Autant dire, un plan de charge sans doute parfaitement acceptable pour une société ayant généré 305 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2022 et fournissant des armées aux 4 coins du monde.

Alors, oui, le HK 416 F dans ses deux versions a des différences avec d’autres HK 416 livrés à d’autres unités ; on peut penser aux 416A2 et A416A5 déjà employés par les unités spécialisées Françaises (allez, vous l’attendez… les « Spéchial Forzizes ») ou aux M27 IAR de l’USMC, aux 416A8 de la Bundeswehr, etc. Mais ces différences sont celles qui sont liées aux demandes des institutions Françaises : on parle ici de « définition ». L’arme livrée correspond à un cahier des charges très rigoureux et très précis établi par la France : fiabilité en différentes circonstances (boues, sable, températures négatives, avec et sans lubrification…), test d’endurance (durée de vie attendue, 31 000 coups, dont 10 000 coups à blanc…ce qui est considérable), précision, solidité (et notamment face au tir d’au moins 80 grenades à fusil) et j’en passe et des meilleures.  Être exhaustif ici reviendrait à publier le cahier des charges en intégralité, ce qui n’est pas le but de cet article. Et il faut bien comprendre ici que certaines spécifications vont « tendre » vers des « réglages de productions » différents. Mais l’arme livrée correspond bien aux spécifications du marché et n’est pas une version « économique » de l’arme. Au contraire, cette arme a bénéficié de tous les retours d’expérience de toutes les variantes de 416 avant son adoption dans l’armée Française. Car ré-affirmons le ici : depuis les « 416D » livrés aux unités Américaines au milieux des années 2000, HK a continuellement perfectionné le 416.

Enfin, pensez-vous vraiment que des délégations de l’Armée Française (DGA incluse) n’ont pas visité les lignes de production à Oberndorf am Neckar à plusieurs reprises? Bien évidemment que oui : c’est une évidence…et même une certitude !

Alors, remplacer le FAMAS : mission impossible ?

C’est sans doute un des nœuds gordiens, du moins à court terme : comment remplacer le FAMAS…dans les cœurs des Français plus que sur le terrain ! Plus qu’un fusil d’assaut, le FAMAS était devenu un symbole, et même, une fierté nationale. Ainsi, comment serait-il possible de remplacer cette arme iconique, par une arme étrangère, aussi bonne soit-elle. Car oui, le HK 416 est une bonne arme de guerre.

Bien conçu pour son époque, le FAMAS n’était pas une arme exempte de défauts au moment de son adoption. Elle aussi nécessita un temps d’adaptation et un certain nombre d’ajustements et d’apprentissage : en témoignent des dizaines de fiches de « Faits Techniques » et autres « Notes Expresses » bien familières des techniciens APC (Armements Petits Calibres) des régiments de France. Alors oui, au terme de près de 40 ans de service opérationnel, le FAMAS était devenu un cheval de bataille bien connu, grandement maitrisé et même apprécié par une grande partie de ses utilisateurs (mais clairement pas tous !) …mais un cheval de bataille aussi et surtout vieillissant. Vieillissant car l’arme est dorénavant très éloignée des « standards » d’accessoirisations actuels et de critères en vigueur dans les pays membres de l’OTAN. Que l’on soit à titre personnel pour ou contre ces considérations d’accessoirisation et d’intégration à l’OTAN, ceci fait de toute façon partie de l’équation et des exigences de nos Armées. Vieillissant car le parc d’armes existantes était lui-même à un âge avancé. Il faut ajouter à cela que l’outil industriel Français permettant son maintien en service était totalement inadapté pour ne pas dire quasiment inexistant. C’est aussi ce dernier point qui n’a pas permis de proposer une arme de remplacement Française : aucun outil industriel Français sérieux (en matière de savoir et de capacité productique), étatique ou privé, n’était capable de s’aligner sur les besoins de l’Armée Française.

On peut bien évidemment critiquer ou regretter ces états de fait, mais il ne faut pas se tromper de combat : il s’agit de critiquer (ou pas) les décisions politiques ayant conduit à cette situation… et pas de s’acharner sur un HK 416 qui a duement remporté un appel d’offres et qui donne satisfaction à de nombreuses unités de par le monde !

En conclusion

Il est nécessaire de comprendre ici que l’adoption d’un matériel dans une armée, procédé complexe, doit correspondre à un cahier des charges rigoureusement établi au regard des besoins actuels et futurs. Certains de ces aspects ne sont pas palpables par l’utilisateur final du produit. Ainsi, il est évident que l’arme ne peut pas répondre aux attentes de chaque utilisateur avec ses desidératas propres…voire ses fantasmes. Car c’est également un des problèmes : nombreux sont ceux qui fantasment un produit « miracle ». Mais ce produit n’existe pas et n’existera sans doute jamais. Face à la déception de ce rêve impossible, on peut soit aller de l’avant, de façon constructive (apprendre, s’adapter, s’entrainer), soit se réfugier dans la nostalgie d’un temps (et d’une arme) passé…lui aussi, fantasmé.

Arnaud Lamothe

Ce travail est en libre accès : n’oubliez pas que le seul moyen de nous soutenir est de partager ce contenu et de vous abonner. Outre l’accès à la totalité de notre site, l’abonnement est un magnifique moyen de soutenir notre démarche, de passionnés à passionnés !

    Ne manquez plus rien, vous serez averti par mail de la sortie de nos articles !

    *Nous aussi nous détestons les spams

    Arnaud Lamothe

    Expert près la Cour d'Appel de Limoges, ancien contrôleur des services techniques du ministère de l'Intérieur, cofondateur du site LAI Publication, Arnaud est un spécialiste des armes de guerre de petit calibre. Auteur d'articles, il désire au travers de ce site partager sa passion et ses connaissances pour ces sujets.

    error: Content is protected !!