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.223 Remington – 5,56 – 5,56×45 – 5,56 OTAN : une histoire technique et normative

Avis à la populaschtroumpf : le sujet que nous allons aborder ici est complexe par certains aspects et la lecture fastidieuse. Préparez aspirine et autres substances dopantes (mais légales !). En outre, il est nécessaire d’être au clair avec les notions de « calibres » et de « munitions » … et en toute logique et pour éviter trop de répétitions sur le site, je vous renvoie au chapitre 4 de mon livre « Petit Guide de l’Armement ».

À la base du problème…

Avant de rentrer dans le vif du sujet, rappelons tout de même une base : la conception ou l’adoption d’une arme à feu répond à un « besoin » qui peut-être :

  • « Unique », par exemple pour usage militaire ou administratif : l’arme tient une place définie dans le canevas de l’organisation du combat ou du maintien de l’ordre.
  • « Multiple », par exemple pour un usage civil : l’arme a potentiellement des applications très variées (chasse, tir de loisir, tir sportif, défense…).

Ce besoin est exprimé dans un « cahier des charges » (par le fabricant ou par le client suivant les cas) qui va déterminer plusieurs points et souvent en premier lieu : le calibre.

Originellement, le « calibre » se réfère au diamètre du canon (en plat ou en fond de rayure suivant les cas, souvent de façon approximative…ce qui importe finalement peu ici !). Par extension, on lui associe la longueur et la morphologie de la chambre, obtenant ainsi une référence « communément admise » : c’est le « calibre nominal ». Mais attention, la chose n’est en rien normalisée de façon « universelle » à l’heure où nous écrivons ces lignes, point que nous allons développer ultérieurement.

Une fois le calibre sélectionné, l’arme va être associée à une ou des munitions (comprendre ici, ensemble d’éléments aux données techniques précises) suivant les cas :

  • D’un point de vue militaire, la chose est souvent « simple » : il existe un nombre restreint de « chargements » (pour un nombre restreint d’armes), dont les données sont connues (ou du moins, peuvent l’être) de façon exhaustive et qui sont (normalement…) incluses dans le cahier des charges du développement (ou de l’achat sur étagère) de l’arme. Attention, si la chose est normalement simple à circonscrire, il n’est pas rare que l’incompétence ou l’ignorance de certains « acteurs » ou « décideurs » conduise à des achats totalement inadéquats…nous avons assisté (impuissant…car il ne sert à rien de crier seul dans le désert…) à plusieurs reprises à la chose lors de notre carrière administrative !
  • D’un point de vue civil, la chose est bien plus complexe, car le fabricant ne connaît pas la munition qui va être utilisée dans son arme en fonction de son utilisation et des envies de son propriétaire. Dès lors, le fabricant peut, ou doit (suivant les pays), se référer à une norme en vigueur pour des critères de solidité (arme) ou de pression développée (munition) et ne peut que faire des préconisations auprès de ses clients. Après, « alea jacta est« .

Les autres paramètres (mode de fonctionnement, alimentation, dimension…) de développement de l’arme défilent ainsi de suite, mais nous nous arrêterons là afin de ne pas polluer le sujet.

Cet avant-propos étant posé, la sempiternelle question de la ou les « différences » entre le 5,56×45 et .223 Remington trouve ainsi des réponses en trois points : historique, technique et normative.

Un problème normatif

Il convient ici de commencer par se focaliser en premier lieu sur une réalité : l’absence de norme universellement reconnue pour la fabrication d’armes et de munitions petit calibre. Par « universelle », nous entendons qui serait reconnue et appliquée par tous, dans tous les pays du monde…pour le reste de l’univers, on verra plus tard.

Une « norme », c’est un recueil de données techniques qui permet de fabriquer un produit de façon « uniforme », du moins sur un certain nombre de critères. Par exemple, si la norme CIP définit des dimensions précises pour le diamètre des projectiles, elle n’énonce en revanche rien sur leurs poids.

D’un point de vue civil, l’industrie de l’armement petit calibre se réfère principalement à deux standards normatifs :

  • La CIP, pour « Commission Internationale Permanente pour l’épreuve des armes à feu portatives». Internationale, elle regroupe plusieurs pays européens (mais pas tous) plus quelques pays extra européens. Non, cette norme n’est pas « Européenne », mais bien « Internationale ». Dans les pays adhérents, le respect de la norme est obligatoire pour la commercialisation d’armes et de munitions, mais sur le secteur civil uniquement. Les secteurs administratifs (armées, polices…) en sont exemptés, bien qu’ils choisissent parfois – par confort procédural – de s’y conformer…sans parfois réellement en comprendre les tenants et les aboutissants ! Les boîtes de munitions (conditionnement secondaire) portent normalement le logo du Banc d’Épreuve ayant éprouvé leurs fabrications (Photo 01).
  • La SAAMI pour « Sporting Arms and Ammunition Manufacturers’ Institute », norme basée sur le volontariat, existante aux États-Unis.

Il est impératif d’appréhender à ce sujet le point suivant : si ces normes établissent bien un certain nombre de données (dimension, pression d’épreuve, pression maximale moyenne développée par les munitions commercialisées…), elles ne garantissent que peu de choses au regard de ce qu’il convient de qualifier « d’usage ordinaire » par le tireur : l’arme normalisée chambre et met à feu une cartouche normalisée dans des conditions de sécurité totale. C’est-à-dire, avec une cartouche du commerce conforme à la norme, une arme conforme à la même norme ne va pas “exploser”…c’est déjà pas mal, non ?

En dehors de cette assurance, aucun autre facteur n’est garanti : le fonctionnement mécanique, la précision, la vitesse d’usure du canon et des pièces mécaniques, ne sont par exemple pas établis par ces normes et leurs épreuves. Par extension, elle ne garantit normalement pas le classement légal de l’arme…mais c’est autre sujet !

De ce fait, il n’est pas aberrant de voir une arme semi-automatique être dûment éprouvée alors qu’une erreur de production exclurait totalement un réarmement semi-automatique : l’épreuve ne garantit pas le fonctionnement. Idem pour les munitions, ces normes n’établissent pas de « puissance » minimum garantissant un fonctionnement d’une arme. Il est réellement difficile de faire autrement : le marché civil de l’armement étant très diversifié sur les demandes, comment exiger des standards très contraignants ? Pour un même calibre, certains vont vouloir de la munition blindée, 1/2 blindée, plomb, légère, lourde, subsonique, de tir réduit…pour les tirer dans des armes semi-auto, à répétition…pour la chasse, le tir de précision et souvent pour tirer « pas cher » !

Il serait comparable d’avoir tout type de carburant dans nos stations-services, de l’ordinaire bien sûr, mais également à la pompe, du carburant pour modélisme, pour dragster, pour Formule-1 etc. La seule garantie apportée par les institutions étant : le véhicule ne va pas exploser… (ou prendre feu…)

D’un point de vue militaire, outre les cahiers des charges généralement complexes et relativement exhaustifs propre à chaque arme – que l’on peut considérer comme des « micros-normes » – il existe une norme multinationale pour les pays membres de l’OTAN. Celle-ci concerne bon nombre de pays « occidentaux » adhérents à l’OTAN, mais aussi par ricochet, bon nombre de pays non adhérents à l’alliance, mais utilisant le même matériel pour des raisons, idéologiques, géopolitiques ou économiques (Photos 02 et 03).

Cette norme édictée par l’OTAN a pour but – dans le cas de l’armement petit calibre – de fournir des garanties de sécurité et d’interopérabilité dans un souci logistique évident. Ici la norme est très contraignante (comme généralement en matière militaire), car elle définit un grand nombre de paramètres (avec des marges évidemment) : dimension (garantie de chambrage), pression maximale moyenne des munitions (sécurité et fonctionnement) y compris sous diverses plages de températures, pression minimale à l’évent de l’emprunt de gaz (pour garantir le fonctionnement), dureté d’amorce, etc.

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    *Nous aussi nous détestons les spams

    Arnaud Lamothe

    Expert près la Cour d'Appel de Limoges, ancien contrôleur des services techniques du ministère de l'Intérieur, cofondateur du site LAI Publication, Arnaud est un spécialiste des armes de guerre de petit calibre. Auteur d'articles, il désire au travers de ce site partager sa passion et ses connaissances pour ces sujets.

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