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Fusils d’assaut : comportement au tir

La comparaison entre des armes est toujours un procédé complexe. En fonction de la façon dont il est réalisé et conclu, ce procédé peut être inexact, malhonnête…mais aussi instructif ! Ici, nous allons nous livrer à la comparaison du comportement au tir d’un panel de fusils d’assaut dont l’intérêt n’est pas de décerner un « vainqueur », mais bien de tirer des enseignements que chacun exploitera à bon escient pour forger son propre jugement.

Le choix du panel

Concernant le domaine du fusil d’assaut, la comparaison « AK / AR » paraîtrait tomber sous le sens pour des raisons historiques. Cependant, ne nous laissons pas aller à cette émotion primaire des antagonismes Est / Ouest. Il nous paraît ici plus intéressant d’étudier de prime abord l’évolution du comportement des armes de la famille « simplifiée » des FA Kalashnikov, c’est-à-dire : AK-47, AKM et AK-74. Cela sera la base de notre travail. À ce panel, il nous a paru pertinent (et amusant, ne boudons pas notre plaisir !) d’ajouter deux armes représentatives des productions de cette période 1949-1974 : le M16A1 américain, et le Vz.58P tchécoslovaque. De même, l’ajout d’une Kalashnikov en calibre 5,56×45 nous a paru intéressant : nous avons donc employé un Zastava M21A. Enfin, pour le plaisir (et la légende !), nous avons également déployé un AKS-74u. De plus, ce dernier ajout n’est pas dénué d’enseignement, bien au contraire. (Photo 01)

Ce panel nécessite quelques observations préalables :

  • À l’exception de l’AKS-74u, toutes ces armes sont des fusils d’assaut possédant des longueurs de canon « standard » pour leurs calibres : environs 40 cm pour les 7,62×39 et 5,45×39, environs de 45 à 50 cm pour les 5,56×45.
  • La comparaison d’armes employant des munitions intermédiaires de générations différentes ne doit pas se faire (une fois encore) dans un esprit de « compétition ». En effet, comparer le 7,62×39 au 5,56×45 n’a que peu de sens technique, mais peut avoir des applications pratiques.
  • Si la date de conception des armes s’étale sur plus d’un demi-siècle en prenant en compte le M21A, elle peut se résumer en réalité d’un point de vue technique à la période 1949 (ou 1954 la date de mise en production des AK-47 étant 1949 pour le type 1 et 1954 pour le type 3, la version la plus fréquemment rencontrée) à 1980 (date d’adoption et de normalisation de SS-109 employée dans le M21A). Le M21A reste un fusil d’assaut construit autour du boîtier du RPK, donc, une technologie très proche de l’AKM.

Les forces en présence

Petite présentation du matériel par ordre chronologique :

L’AK-47 type 3 (mise en service en 1954) : l’exemplaire de cet essai est un AK-47 dont le boîtier est construit à Izhevsk et qui est assemblé en Bulgarie (Arsenal). L’arme est dans son jus. Pour illustrer la partie article de ce travail, la photo est celle d’un AK-55 Hongrois…n’ayant pas pu prendre l’exemplaire Bulgare en photo dans des conditions « studio » (Photos 02 et 03). Les spécificités des deux armes sont très proches, à la différence notable de la matière des garnitures, ayant sans doute une influence sur le poids que nous n’avons pas pu mesurer pour le moment.

Le Vz.58P (mise en service en 1958) : Rien à signaler, l’exemplaire de cet essai est une production tchécoslovaque, pur jus et quasiment neuf… (Photos 04 et 05)

L’AKM (mise en service en 1959) : l’exemplaire de cet essai est un Radom PMKM (Pologne), soit une variante très proche (pour ne pas dire, quasi-identique) à l’AKM Soviétique (Photos 06 et 07). Elle est équipée du compensateur de relèvement biseauté adopté vers 1965 (nous ferons un essai détail sur ce dispositif dans un travail à venir). L’arme est dans son jus.

Le M16A1 (mise en service officielle dans l’US Army en 1967) : l’exemplaire de cet essai est un Colt qui proviendrait (selon une source internet) d’un lot d’armes vendues aux Philippines. Pur jus… (Photos 08 et 09). On peut noter ici à propos de la date que nous employons que des variantes du fusil AR-15 ont connu des utilisations sur le terrain dès le début des années 60. Mais nous nous intéressons ici en particulier au modèle à notre disposition. Ainsi, nous avons choisi de retenir son année d’adoption officielle dans l’US Army.

L’AK-74 (mise en service en 1974) : l’exemplaire de cet essai est un Arsenal (Bulgarie), dénommé AR-M1 dans le livre de F. lnammico et AKK-74 (Avtomaticheskiy Karabin Kalashnikova) dans le livre de John Walter (Photos 10 et 11). Ici aussi, une arme quasi identique à l’AK-74 soviétique. On peut noter que la crosse et le garde-main inférieur emploient des bois bruts alors que les productions soviétiques emploient du lamellé-collé. Le dispositif de bouche est de type 2. L’arme est dans son jus.

L’AKS-74u (mise en service en 1979) : l’exemplaire de cet essai est Soviétique, produit à Tula. Elle semble être repassée en arsenal mais présente des finitions identiques aux armes neuves. (Photos 12 et 13)

Le M21A (mise en service en 2004) : l’exemplaire de cet essai est une variante de Kalashnikov conçue et produite par Zastava en Serbie (Photos 14 et 15). Il s’agit de l’arme la plus récente. Moins connue que les autres protagonistes de ce banc, il s’agit d’une modernisation de l’AKM construite autour du boîtier du RPK. Les Yougoslaves avaient originellement employé ce boîtier (qui permet l’installation d’un canon de plus fort diamètre tout en utilisant une tôle plus épaisse que l’AKM) sur une grande partie de leurs productions de Kalashnikov pour autoriser un emploi plus durable du tir de la grenade à fusil. Elle reprend des éléments du Galil (report du sélecteur sur le côté droit et crosse hérité du FAL Para, mais modernisé) et de l’AKS-74u (couvre-culasse articulé avec verrouillage du tube emprunt de gaz). L’arme fût adoptée dans l’armée Serbe en 2004. Ici avec le M21A, nous avons un canon de 460 mm, plus à même d’exploiter le potentiel de la 5,56×45. Et non, il n’y a rien de l’AK-74 sur cette arme contrairement à ce qu’on peut lire sur le Wikipédia Français…

Autant dire, du beau monde !

On notera ici que dans la mesure du possible, nous avons opté pour des variantes à crosse « fixe et pleine », pour une ergonomie comparable. Évidemment, cela n’est pas possible pour l’AKS-74u et la M21A qui sont toutes deux dotées nativement de crosses pliantes plus « légères ». Cependant, dans les deux cas, la prise en main est finalement proche de celle offerte par les autres crosses du panel, ce qui n’aurait pas été le cas avec les crosses pliantes des AKS-47 et AKMS.

Pour les munitions, nous avons uniquement employé des productions destinées à l’usage militaire (Photo 16):

  • Pour la 7,62×39, des munitions chinoises de surplus (type M43, étui acier cuivré). Précisons ici que de nombreux essais ont été réalisés avec des munitions de surplus militaire d’origine chinoise, et que contrairement à des légendes urbaines persistantes, celles-ci nous ont toujours donnée entièrement satisfaction !
  • Pour la 5,56×45 type M193, des munitions de marque MEN.
  • Pour la 5,45×39, des munitions soviétiques de surplus (type 7N6 de production tardive, étui acier laqué).
  • Pour la 5,56×45 type SS-109, des munitions de marque MEN.

Dans ce genre d’exercice, le choix des munitions n’est pas à prendre à la légère : toutes les munitions ne se valent pas…loin s’en faut.  On ne le répétera jamais assez…

Commençons par le commencement

De façon synthétique, l’évolution des armes Kalashnikov en URSS s’est réalisée en prenant en compte des aspects productiques, ergonomiques et enfin balistiques avec l’adoption de la 5,45×39. Ici, nous nous focaliserons donc sur un des aspects ergonomiques : le comportement de l’arme au tir. Les autres aspects seront abordés dans des travaux en cours de réalisation. Pour faire évoluer le comportement de l’arme au tir, les Soviétiques ont principalement travaillé trois points :

  • La pente de la crosse : celle-ci se redresse avec le passage à l’AKM. Le but est de ramener le canon dans l’axe du point d’appui sur le corps, et ce au détriment d’une prise de visée légèrement moins instinctive. Effectivement, la pente de crosse de l’AK-47 place les organes de visées dans l’axe du regard : sur l’AKM, il est nécessaire de légèrement baisser la tête. On s’y accoutume instinctivement… (Photos 17 et 18). Par ailleurs, pour l’exercice du tir en rafale à courte distance (globalement à partir de 25 m), l’œil n’est normalement pas dans le « viseur » … mais sur la cible.
  • Le dispositif de bouche : vers 1965, est adopté le compensateur de relèvement en biais destiné à compenser le relèvement du tireur droitier, qui par la position de l’arme sur son corps, tend à relever le tir tout en partant vers la droite. Par travail des gaz sur une surface métallique, le compensateur génère une impulsion au bout du canon vers le bas et à gauche. Le but est de conserver le canon dans l’axe. Avec l’AK-74, le dispositif est plus complexe, car il réalise la même fonction, mais également celle de cache-flamme (combustion des imbrûlés dans une chambre) et de frein de bouche : le gaz travaille une nouvelle fois sur une surface métallique, cette fois-ci pour combattre l’enfoncement de l’arme dans l’épaule du tireur (Photo 19). L’aspect « cache-flamme » sera abordé prochainement dans un autre travail. Ceux qui s’intéressent au sujet peuvent se reporter au chapitre 5 du livre « Petit Guide de l’Armement » disponible sur ce site.
  • Bien sûr, avec l’adoption d’un calibre intermédiaire de seconde génération avec l’AK-74 : le 5,45×39. Entre autres choses, ce calibre a une impulsion de recul inférieure à la 7,62×39 car ayant, bien sûr, une énergie plus faible.

Outre ces trois points, on peut noter ici deux autres points qui participent à l’évolution du comportement de l’arme :

  • Modification du poids : le passage de l’AK-47 de type 3 vers l’AKM génère un allégement mesuré par nos soins de 187 g pour l’arme seule sans chargeur et jusqu’à 361 g en prenant en compte l’évolution totale des chargeurs (comprendre ici, du chargeur lisse précoce au chargeur synthétique AG-4 adopté dans les années 1960)…ce qui est considérable sur une arme de moins de 4 kilos ! Un bénéfice au quotidien pour le soldat mais qui, à énergie à la bouche équivalente, se traduit par une augmentation du recul ressenti.
  • L’ergonomie du garde-main inférieur permet une meilleure préhension de l’arme à l’avant : lisse sur l’AK-47, il comporte un bossage sur l’AKM et enfin un bossage et une rainure sur l’AK-74. Une évolution bien venue…surtout lorsque tout est humide… (Photo 20). Bien sûr,ce changement n’apporte pas de modification directe du comportement de l’arme, mais l’amélioration de la prise en main facilite l’exercice. Il s’agit donc d’une amélioration que nous qualifierons de « indirecte ».

Enfin, il est nécessaire ici d’introduire le fait que le passage de l’AK-47 à l’AKM voit l’apparition du ralentisseur de chien en rafale. Bien que ce dispositif agisse sur la cadence de tir (souvent annoncé à environ 25 coups par minute (cpm) de moins), il n’est pas à assimiler à un « ralentisseur de cadence ». Pourquoi ? Parce que cet effet n’est pas mesurable en tant que tel par l’utilisateur, contrairement à un ralentisseur de cadence qui abaisserait la cadence de 200 cpm. Le but de ce dispositif, qui freine le chien uniquement sur les coups tirés en rafale, est de « laisser les pièces reprendre totalement leur place avant le départ du coup suivant en rafale ». Ce dispositif est détaillé dans les légendes des photos 21 et 22.

Pour visualiser cette évolution, nous avons réalisé 3 premières vidéos comparatives :

  1. AK-47 / AKM : évolution chronologique.
  2. AKM / AK-74 : évolution chronologique.
  3. AK-47 / AK-74 : bilan familial.

Chaque séquence est réalisée par le tir d’une seule rafale de 30 coups…sauf quand votre humble serviteur se « vautre » sur le garnissage du chargeur. C’est le cas pour le Vz.58P, mais nous détaillerons la chose en temps voulu.

Insistons ici sur le fait que le gain du comportement de l’arme est aussi bien perceptible en semi-automatique qu’en rafale :

  • En semi-automatique, par un dépointage moindre, il permet une reprise de la visée plus rapide et donc une grande répétitivité des tirs. Il s’agit d’un gain souvent omis dans de nombreux ouvrages sur le sujet…pour une raison qui nous paraît bien étrange !
  • En rafale, elle limite la dispersion des tirs et permet donc une meilleure gestion de la « gerbe de plombs » pour faire une comparaison avec l’utilisation d’un fusil de chasse…qui n’est pas anodine. Le but de rafale est le même que celui de tirer de la chevrotine ou de la grenaille : multiplier les projectiles dans une surface donnée afin de maximiser les probabilités d’atteintes sur une seule et même action de tir. Bien sûr, il existe des exceptions, comme l’AN-94b où le but est de placer (vraisemblablement, jusqu’à 100 m selon nos informations) deux projectiles dans le même trou pour défaire les protections balistiques. Mais les exceptions ne font pas une règle…

Pour les besoins de la démonstration, le comportement de l’arme est plus simple à mettre en évidence avec le tir d’une rafale longue…tout en étant plus spectaculaire !

Ma façon de regarder ce type de vidéo

Plusieurs phases et points particuliers de chaque vidéo sont à mon sens intéressants à regarder :

  • Les premiers coups tirés (ici, généralement les 3 premiers) : fixez la bouche du canon. Ces premiers coups se produisent avant que le corps (cerveau compris) n’ait le temps de réagir. Ainsi, le corps « subit » et on voit sur ces premiers coups le vrai comportement imprimé par l’arme.
  • Le « milieu » de la rafale : on balaye du regard l’ensemble de l’arme pour observer son comportement global. Le corps ayant pris en compte le mouvement constant de l’arme, on voit, comment il est possible de gérer les mouvements de l’arme…tant que l’arme est maitrisable ! Mais c’est ici le cas de l’ensemble du panel : nous verrons dans un travail futur ce qu’il en va pour les armes individuelles en 7,62×51…usurpant parfois le titre de « fusil d’assaut ». Le terme de « fusil de combat » (« Battle Rifle » chez nos camarades d’outre-Atlantique) permet une distinction entre les deux familles qui nous paraît bienvenue.
  • La fin de la rafale : dès le dernier coup tiré, on revient sur la bouche de l’arme. De façon analogue au début de la séquence, l’arrêt du tir libère le corps des contraintes produites par la rafale à une vitesse supérieure à ce que le corps (cerveau compris) peut prendre en compte : le corps subit. Dès lors, le corps produit un mouvement qui correspond à l’effort musculaire produit pendant la phase de tir pour maitriser l’arme : mouvement vers l’avant (prise en compte du recul) parfois accompagné (suivant les cas), d’un mouvement vers le bas (prise en compte du relèvement).
  • Le panache de fumée : il permet de comprendre la direction que prennent les gaz en sortie du canon et de matérialiser le cas échéant, le travail du dispositif de bouche. Ce dernier point explique la raison de notre cadrage : il doit laisser du champ pour visualiser le panache de fumée à l’avant de l’arme.

Bien évidemment, tout est intéressant à regarder sur ce type de vidéo (ok, sauf la tronche du tireur)… mais ces quelques points permettent réellement de comprendre le comportement de l’arme… et la capacité du tireur à la gérer.

À titre indicatif, les vidéos sont filmées en 240 images par seconde, pour un rendu final avec un ralenti de 1/8 de la vitesse normale.

Pour chaque séquence, nous donnerons à titre comparatif les cadences de tir. Celles-ci sont déterminées par la mesure du temps séparant le premier départ de coup (premier panache au bout du canon) au dernier coup (dernier panache en bout de canon). À partir de là, un tableur informatique va faire le travail pour nous fournir les chiffres les plus exacts possible. Le tableau est consultable à la fin de la galerie d’images.

Chaque vidéo comporte la succession des séquences suivantes :

  1. La séquence comparative au ralenti avec l’arme la plus ancienne en haut.
  2. Le tir en vitesse réelle de chaque arme seule par ordre chronologique.
  3. Le tir au ralenti pour chaque arme seule par ordre chronologique.

Dernier point, rappelez-vous que Youtube permet de ralentir la vitesse de lecture de la vidéo : cette disposition est particulièrement intéressante ici.

1. AK-47 & AKM

Cadences de tir mesurées sur la séquence :

  • AK-47 type 3 : 30 coups en 2,63 secondes, soit 683 cpm.
  • AKM : 30 coups en 2,73 secondes, soit 658 cpm.
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    Arnaud Lamothe

    Expert près la Cour d'Appel de Limoges, ancien contrôleur des services techniques du ministère de l'Intérieur, cofondateur du site LAI Publication, Arnaud est un spécialiste des armes de guerre de petit calibre. Auteur d'articles, il désire au travers de ce site partager sa passion et ses connaissances pour ces sujets.

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