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Les Pistolet-Mitrailleurs ETVS

Article co-écirt avec Hervé Matous.

Au cours des offensives allemandes de l’été 1918 (Friedensturm), les forces alliées avaient eu le désagrément de se trouver face à des troupes de choc allemandes, dotées d’une arme courte et maniable, qui crachait des projectiles de 9 mm à la vitesse d’une mitrailleuse : le pistolet-mitrailleur Bergmann MP18/I

Le programme de 1921

Le souvenir de la terrible efficacité de cette arme en combat rapproché resta bien présent dans l’esprit des rédacteurs du programme de 1921, qui définissait le futur armement français. Aussi les caractéristiques du futur PM de l’armée française furent elles fortement inspirées par celles du Bergmann MP18/I. :

« Le pistolet-mitrailleur est une arme légère, à munitions légères, susceptible de fournir à faible distance (200 m) une forte densité de feu.

  • Larme aura la forme dune carabine raccourcie,
  •  Son poids sera compris entre 3 et 4 kg,
  •  sa munition devra être la même que celle du pistolet qui sera choisi comme modèle de larmée. En attendant que ce modèle ait été fixé, les armes à présenter devront tirer la cartouche de Parabellum 9 mm,
  • larme tirera des chargeurs de 25 cartouches au moins,
  • son mode de tir normal est le tir en mitrailleuse, un mécanisme permettant le tir coup par coup nest pas demandé,
  • la cadence de tir sera de 400 à 500 coups par minute,
  • larme sera très rustique, très simple, bien protégée contre la boue,
  • le principe dune arme à culasse non verrouillée est recommandé en raison de sa simplicité,
  • larme tirée sur appui à une distance de 100 mètres devra donner un rectangle inférieur à 70/70 (cm) dans le tir par rafales de 5 à 6 cartouches et inférieur à 100/100 (cm) dans le tir par chargeurs complets,
  • la précision dans le tir à bras francs sera expérimentée et entrera en compte dans lappréciation de larme,
  • la hausse comportera que les crans de 100 et 200 mètres,
  • pour faciliter le tir sur appui, larme devra être munie dun bipied. La présence de ce bipied ne devra gêner en aucune manière lorsquon voudra tirer larme à bras francs ou sur appui, sans lemployer»

Ce document plein de pragmatisme, en date du 11 mai 1921, a été rédigé par des militaires encore proches des réalités du combat! Malheureusement, ce programme rédigé par des hommes de terrain, va être peu à peu modifié, en fonction de critères parfois discutables, jusqu’à la seconde guerre mondiale.

Au cours des années suivant la publication du programme, des armes d’origines diverses, en calibre 9mm Parabellum vont être proposées à l’armée, soit par des établissements d’état, soit par des fabricants étrangers. Le programme de 1921 avait stipulé que les armes proposées devraient être établies en calibre 9 mm Parabellum «en attendant que le calibre du futur pistolet de l’armée française ait été choisi ». À ce moment, le Pistolet-mitrailleur (PM) devrait être conçu pour tirer la même munition.

L’Armée Française adopte la cartouche de 7,65 mm Long.


Ainsi que nous l’avons mentionné précédemment, dans l’attente du choix définitif de cette munition, il avait été décidé que les prototypes de PM seraient chambrés en 9 mm Parabellum. De très importantes quantités de cartouches de ce type capturées sur les troupes allemandes étaient en effet disponibles dans nos arsenaux. Les inventeurs privés souhaitant présenter un PM à l’armée française pouvaient se faire attribuer par le ministère de la guerre des cartouches de ce calibre afin de mettre au point leurs prototypes.

Il n’y avait par contre aucune raison particulière pour que la France choisisse d’adopter définitivement la 9 mm Parabellum, qui n’était à cette époque fabriquée qu’en Allemagne, plutôt que telle ou telle autre cartouche. La 9 mm Parabellum deviendra plusieurs décennies plus tard la cartouche d’arme de poing et de PM la plus utilisée au monde, vers 1920, elle n’était qu’une munition parmi d’autres.

Bien qu’un projet de mise en fabrication de la 9 mm Parabellum ait été étudié à la cartoucherie de Valence, c’est finalement sur une cartouche de calibre 7,65 mm à étui long (appelée de ce fait «7,65 mm Long»), dérivé de la munition américaine de .30 Pedersen que l’état-major porta son choix en 1925.

Cette cartouche peu connue avait été conçue pour alimenter un dispositif permettant de transformer le fusil réglementaire américain Springfield 1903 en arme automatique. Elle était plus puissante que la 7,65 mm Browning, couramment utilisée pendant la Grande guerre par l’armée française dans les pistolets Ruby, Star et Savage, achetés en complément du revolver modèle 1892.

Les services techniques de l’armée avaient expérimenté la cartouche de .30 Pedersen en 1922, en étudiant une carabine semi-automatique, dans ce calibre, que John M. Browning avait proposée à l’armée française

Le choix de la munition de 7,65 mm Long, a souvent été critiqué dans les publications contemporaines. Cette décision reposait pourtant à l’époque sur des arguments tout à fait pertinents, résumés dans cet extrait d’un procès-verbal ETVS :


« Ce choix était justifié par des performances à peu près identiques à la 9 mm Parabellum sur le plan de la précision et de la perforation jusquà 600 mètres pour un poids plus faible de la 7,65 mm Long (9,3 g contre 12,2 g pour la cartouche de 9 mm Parabellum). Cette différence de poids permet daugmenter dun tiers lapprovisionnement en cartouches de 7,65 mm par rapport à celles de 9 mm pour un poids déterminé.

Dautre part, en raison des réactions moindres quelle imprime à larme, la cartouche de 7,65 mm permet de diminuer le poids du pistolet de 200 à 300 grammes ».

Autre avantage de cette munition : elle pouvait être rapidement remise en fabrication aux U.S.A, alors que la 9 mm Parabellum n’était produite à l’époque ni dans ce pays ni en France. L’expérience de la première guerre mondiale avait convaincu l’armée française la nécessité de pouvoir faire appel au besoin à la puissance de production de l’industrie américaine pour compléter ses propres fabrications.


50 000 Cartouches de .30 Pedersen furent commandées aux USA pour effectuer les premiers essais. Afin de la différencier de la 7,65 mm Browning, couramment employée en France pour les pistolets réglementaires de type Ruby et Star, cette cartouche fut appelée « 7,65 mm Long ».

Sa production ne commença en France qu’en 1930, par la Société Française de Munitions (SFM).

Le choix de cette cartouche s’expliquait aussi par une modification apportée aux caractéristiques initialement prévues pour le futur pistolet de l’armée française par le programme de 1921. Initialement, les rédacteurs, influencés par les P.08 longs et les C.96 du programme avaient prévu une arme puissante et assez volumineuse, d’un calibre supérieur à 9 mm, d’une capacité de chargeur de 15 cartouches et pouvant éventuellement être dotée d’un étui-crosse.

En 1927, ce cahier de caractéristiques militaires fut modifié au profit d’un pistolet plus léger et moins encombrant. La réduction de calibre, permettant d’utiliser une cartouche plus légère était cohérente avec cette tendance. Une évolution analogue se dessina pour le PM. Les rédacteurs du programme de 1921 avaient initialement défini une arme d’assaut, comme l’était le MP-18 : un pistolet-mitrailleur rustique, destiné à prendre d’assaut les positions ennemies en noyant leurs défenseurs sous un déluge de feu ou à défendre nos propres positions, par le même procédé.
Entre les deux guerres, les penseurs militaires français voyaient plutôt dans le PM, une arme de défense, destinées à armer les cadres et les spécialistes qui n’avaient pas à combattre avec un fusil. Ils avaient donc fait évoluer la définition de l’arme en accordant la priorité à la compacité et à un poids modéré de l’arme et de ses cartouches.

Par ailleurs, la modernisation de l’armée française, entreprise au milieu des années 1920, devait déboucher sur une motorisation accrue de l’infanterie, jointe au développement des unités blindées et aéroportées. Pour ces troupes, le choix d’un PM pouvant être transporté sous un volume compact s’imposait.

En 1933, les critères de choix contenus dans le programme d’armement de 1921 furent complétés par deux nouvelles exigences : les PM devraient désormais être dotés d’une crosse repliable et d’un chargeur rabattable. Les prototypes développés par la MAS depuis des années ne répondaient pas à ces critères, mais deux nouvelles armes récemment mises au point présentaient les caractéristiques souhaitées :

  • le PM ETVS, issu du PM CEV,
  • le PM Petter,

Les deux armes répondaient tout à fait aux attentes de l’État-major.

Les PM CEV et ETVS

Au sein de l’Établissement Technique de Versailles (ETVS) fonctionnait une commission d’expériences (CEV) qui en vint également à mettre au point son propre PM, qui ne fut pas retenu au cours des essais réalisés en 1936, à cause de sa cadence de tir trop élevée, et qui compromettait la stabilité de l’arme lors de tirs prolongés et que l’amortisseur pneumatique intégré à l’arme s’avérait impuissant à réduire.

L’ETVS mit rapidement au point un nouveau PM doté d’une crosse et d’un chargeur repliables. Deux prototypes de cette arme furent construits au sein de l’établissement. Ils furent testés en 1937 le premier par l’ETVS lui-même, le second par la Commission d’Études de l’Infanterie (CEI) en compagnie du PM Petter et du PM MAS modèle 1935 SE. Toutefois, faute d’être doté d’une crosse et d’un chargeur repliable , le MAS SE-1935, qui ne répondait pas aux critères du cahier des charges de 1933, ne participa aux essais qu’à titre d’arme de comparaison.

Long de 67 cm une fois la crosse dépliée et de 42 cm crosse repliée, le PM ETVS était doté d’une culasse ingénieuse, à l’intérieur de laquelle était intégré un ralentisseur de recul actionné par un volant à inertie. Cette conception permit de créer une arme courte et légère. Grâce à la faible puissance de la munition de 7,65mm Long et à l’efficacité du ralentisseur de recul qui maintenait la cadence de tir autour de 600 coups par minute, les concepteurs de l’ETVS avaient pu se dispenser de doter l’arme d’une culasse lourde et volumineuse et limiter la course de cette culasse pendant son recul. En revenant en position de fermeture, la culasse actionnait un levier de percussion, qui déclenchait la percussion de la cartouche présente dans la chambre. Avec son levier  de percussion commandé par la fermeture de la culasse et sa partie avant cylindrique, la culasse de l’ETVS n’est pas dépourvue d’analogies avec celle du PM Thompson, dont l’établissement technique de Versailles (ETVS) avait testé plusieurs exemplaires entre 1921 et 1927. sur le culasse de l’ETVS, le retard à l’ouverture est assuré par un ralentisseur actionné par un ressort à spirales et non par un verrou oblique de type Blish, comme sur le PM Thompson.

La Manufacture Nationale d’Armes de Châtellerault (MAC), se vit confier par l’ETVS, la charge d’en réaliser dix exemplaires de présérie du PM ETVS. Les canons, ainsi que les chargeurs, qui étaient du type MAS 35, légèrement modifiés, furent fournis par la Manufacture Nationale d’Armes de Saint Étienne (MAS).

Devant le résultat prometteur des essais, le 14 Mars 1937, la Direction des Études et Fabrications d’Armement (DEFA) ordonna à la MAC de fabriquer quarante PM ETVS supplémentaires. Cette commande ne fut finalement achevée qu’en 1939. Outre les essais effectués par l’ETVS et la CEI, il avait été prévu de faire essayer certaines armes de la présérie de dix exemplaires fabriqués par l’ETVS par les «formations du ministère de l’air» : autrement dit les premières unités de parachutistes, alors en cours de constitution en France.

Par décision ministérielle du 30 juin 1938, la MAS fut chargée de réaliser 600 chargeurs et 58 canons de PM ETVS. Ces chargeurs furent réalisés avec l’outillage employé par la MAS pour fabriquer les chargeurs de PM MAS SE-35.

L’adoption du PM Petter en 1939 et le choix de mettre en fabrication en urgence une version améliorée du PM modèle 1935 (qui donna naissance au PM MAS 38) de la MAS mettront fin à la carrière de l’ETVS, qui était pourtant une arme fort intéressante et bien conçue. On notera que bien qu’adoptée officiellement, le PM Petter, arme ingénieuse, ne fut jamais produit en série à cause de la déclaration de guerre.

Étrangement, l’une des fiches d’identification des matériels étrangers (Kennblätter Fremdengeräts) éditées par la Wehrmacht, présente le PM ETVS sous la désignation de «Maschinenpistole 721(f)». Compte tenu du faible nombre de PM ETVS fabriqués, du nombre réduit de chargeurs disponibles et de la spécificité de sa munition, il est fort peu probable que l’armée allemande ait remis l’ETVS en service. Sans doute, les exemplaires saisis après la défaite de mai 1940 ont-ils simplement rejoint une collection technique du Waffenamt pour étude éventuelle.

Conclusion

Les volte-face survenues dans les programmes d’étude et le manque de volonté de faire aboutir rapidement un projet de pistolet-mitrailleur dans une armée encore persuadée que seuls le fusil et le fusil-mitrailleur étaient des armes « sérieuses », ont conduit en 1939, à adopter des solutions d’urgence pour fournir des PM à nos soldats : mise en fabrication accélérée de la version industrielle du PM MAS SE-1935 (le MAS 38), commande de pistolets-mitrailleurs Thompson modèle 1921 aux États-Unis (qui arrivèrent en France top tard pour participer aux combats de 1940), mise en service de PM Erma-Vollmer saisis sur les troupes de la République espagnole lors qu’elles se réfugièrent en France en 1939. Cette indécision prolongée et l’adoption discutable de la cartouche de 7,65 mm Long privèrent malheureusement l’armée française d’un excellent PM, dont la mise au point était terminée depuis 1925 : le PM STA

Luc Guillou et Hervé Matous

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    Luc Guillou

    Luc Guillou, 67 ans, a servi jusqu’en 2011 comme médecin dans la marine nationale française où il était spécialisé dans la médecine de la plongée. Aujourd’hui en retraite, il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles principalement consacrés aux armes des deux guerres mondiales. Il pratique régulièrement le  tir sportif aux armes anciennes et a été le vice-président de l’union française des amateurs d’armes (UFA) jusqu’en 2020.

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